Pourquoi je lis et j’écris du Young Adult

Aujourd’hui, j’avais envie de vous parler du « Young Adult ». On peut le nommer « littérature passerelle » ou « cross-age », comme je l’ai entendu récemment, mais je préfère l’appeler de cette manière, au risque de faire grincer des dents les puristes. Le Young Adult, késako ? Voilà une réponse qui n’est pas aisée à formuler car les frontières sont souvent floues. Aussi je vais vous donner ma définition toute personnelle.

 On dit que le Young Adult s’adresse principalement aux jeunes entre 15 et 25 ans. Pour moi, c’est une fausse bonne réponse : j’en ai 30 et je suis une fervente lectrice du YA. Les thèmes qui y sont débattus, les intrigues, les héros me touchent, même s’ils n’appartiennent pas à ma catégorie d’âge. Et je suis loin d’être la seule dans le cas ! Donc pour moi, le Young Adult peut se lire à tout âge. (Néanmoins, je conseillerais, pour plusieurs titres, de les découvrir à partir de 13-14 ans, sensibilité oblige.)

 J’ai aussi lu récemment dans un article très stupide (et donc, je ne mettrais pas les références ici) que ces livres étaient « calibrés pour plaire » et que le style s’en ressentait. Laissez-moi vous dire que si vous partez avec ces préjugés, comme les auteurs de cet article d’ailleurs, vous n’avez rien compris et de plus, vous passez à côté de merveilleuses histoires. S’il y avait un soi-disant « calibrage » du style et de l’intrigue, il y a bien longtemps que j’aurais cessé d’en lire ! Ma copine Silène a aussi répondu à ce sujet ici et d’une magnifique manière.

 Pour ma part, le Young Adult, c’est d’abord de la littérature qui ose. Oser parler de thèmes sensibles, voire tabous, oser les traiter de manière drôle, sensible, sarcastique, irrévérencieuse. Oser mettre en scène des adolescents dans des situations critiques, qui, si elles s’avéreraient réelles, choqueraient l’opinion publique. Oser bouleverser nos repères, oser mettre un grand coup de pied dans la fourmilière si bien réglée de notre quotidien… et voir ce qui en sort.

 hunger_games

Bien sûr, dans ce cadre, on pense tout de suite à « Hunger Games », la trilogie de Suzanne Collins, que j’ai adoré aussi bien par son intrigue que par les diverses réflexions qu’elle suscite.

 Elle n’est cependant pas la seule dans ce domaine : les auteurs de YA sont inventifs et aiment explorer les frontières ainsi que repousser leurs limites! Notamment celles de la mort (« I hunt killers » de Barry Lyga), de la maladie ( « Nos étoiles contraires » de John Green), de la sexualité (« Revanche » de Cat Clarke), de la greffe d’organes (« Les fragmentés » de Neal Shusterman). Sachez cependant, que si les histoires que je viens de vous citer mettent en effet en scène ces thèmes, elles s’inscrivent dans un contexte beaucoup plus large et avec des personnages passionnants !

 Le Young Adult, c’est aussi de la littérature qui fait rêver. Qu’elles se déroulent dans des univers fictifs (« La forêt des gardiens » de Marie-Catherine Daniel) ou dans le nôtre (« De l’autre côté du mur » d’Agnès Marot), elles offrent une imagination foisonnante et même luxuriante. Ne croyez pas que, pour autant, cet imaginaire occulte la capacité de réflexion de ses histoires. Au contraire ! Souvent, il contribue à les mettre en valeur et à les développer.

 Le Young Adult n’hésite pas non plus à explorer les phases les plus sombres de notre histoire et à y planter ses intrigues. C’est le cas notamment de « Qui se souvient de Paula ? » de Romain Slocombe ou encore « Amour ennemi » de Florence Delaporte. Il remonte parfois bien plus loin dans le temps et n’hésite pas à remodeler joyeusement la vie de personnages réels (« Venenum » de Charlotte Bousquet) ou fictifs (« Défi à Sherlock Holmes » de Béatrice Nicodème).

 Enfin, le Young Adult, n’en déplaise aux sceptiques, possède mille et un visages. Qu’il se décline sous la forme de thrillers (« A pile ou face » de Samantha Bailly), d’histoires d’amour passionnées (« Phaenix » de Carina Rozenfeld ou « Graffiti Moon » de Cath Crowley), de périples mêlant survie et quête identitaire dans un univers bouleversé (« La cinquième vague » de Rick Yancey ou encore « Le dernier jardin » de Lauren de Stefano), qu’ils s’emparent des sources littéraires les plus célèbres pour nourrir leur univers (« Krine » de Stéphane Tamaillon), le Young Adult est multiple. Vous voulez mieux le connaître ? Plongez dedans ! Croyez-moi, vous ne serez pas déçus du voyage.

 Voilà, avec tous ces arguments, j’espère que vous aurez compris pourquoi j’aime le Young Adult, pourquoi j’aime non seulement en lire mais aussi en écrire ! Et je peux vous dire que le bouillonnement de cette littérature est très loin d’être fini, ou même de s’essouffler.

Une des meilleures preuves ? Les futures productions d’amis de plume tels que Silène, Lise Syven, Paul Beorn, N.B. Coste, Agnès Marot, Anne Rossi, Marilou Aznar, Axelle Colau, Célia Flaux, Célia Deiana, Aurélie Wellenstein, et encore beaucoup d’autres (jetez donc un oeil dans ma catégorie des liens !)

 L’étoile du Young Adult s’annonce donc encore plus brillante pour 2014 et je suis très fière d’y contribuer!

40 réflexions sur “Pourquoi je lis et j’écris du Young Adult

  1. Tu défends avec autant de brio que de passion ce genre, et tu as bien raison, car il recèle des perles. De plus, n’oublions pas que c’est une excellente passerelle pour inviter les plus jeunes à lire, à relire, et à lire encore. Respect pour tous ces auteurs qui quelque part forment les futurs grands lecteurs de demain, tout en charmant églament ceux d’aujourdhui.

  2. Wah, tu as lu tous ces titres ? J’ai du retard à rattraper, moi 🙂
    Sinon je préparais un article sur le YA, mais plutôt du côté de l’analyse, du coup (en gros, c’est quoi le YA) et je confirme que c’est difficile de trouver un dénominateur commun (pour l’instant, j’ai l’âge des héros – il me semble que c’est une constante – et effectivement, le fait que ça explore un peu tout sans tabou). (Si bien que certains titres comme Nos étoiles contraires ou Revanche me font un peu peur, moi qui suis une inconditionnelle du happy ending).

    • Je les ai presque tous lus (certains sont sur ma PAL) ah bon sang, tu rates quelque chose avec « les étoiles contraires » !!! (« Revanche » est sur ma wish-list) J’ai adoré ce roman, qui ne se prend absolument pas au sérieux tout en relatant avec une grande justesse & sensibilité la relation entre Hazel et Gus. Fonce les yeux fermés!

  3. Un genre que j’ai beaucoup beaucoup lu mais dont je me suis un peu lassée, surtout car je lisais des « romances YA » et que le schéma est somme toute assez répétitif. Et aussi car y trouve souvent les fameux triangle amoureux dont je suis devenue allergique. 🙂
    Merci pour ce beau billet en tout cas !

    • ah oui, les triangles dans les romances, c’est un peu devenu un élément essentiel… ce qui a tendance à me lasser aussi. Heureusement que de plus en plus de romans ont tendance à sortir de ce schéma (par ex. cruelles de Cat Clarke – excellent – ou les Fragmentés. Ou encore « I hunt killers » de Barry Lyga. ) D’excellents bouquins !

  4. Une belle tribune avec laquelle je suis tout à fait d’accord !
    Bien sûr, il y a toujours des détracteurs de ce type de littérature, et il y a forcément des bons et des mauvais titres, comme dans toutes les littératures. Ca, les gens ont du mal à le comprendre, ils ne voient que le mal et se confortent dans leurs propres préjugés.
    Bref, il y a de vraies pépites en YA, parfois bien meilleures que certaines fictions pour adultes et bien plus réfléchies… C’est l’un des domaines de l’édition qui recèle selon le moi le plus de belles découvertes, ces derniers temps. Et si c’est devenu une niche rentable pour l’édition, ça n’empêche que la production est riche et variée !

    • Dans mes bras 😉 Plus sérieusement, oui, je pense que ce genre d’articles se focalisent sur certains titres et croient qu’ils sont représentatifs du YA. Pour peu qu’ils ne les aiment pas, hop ! c’est toute une littérature qui est emballée, pesée et étiquetée. Incroyable…

  5. Très joli billet Cindy (dans lequel je vais bien sûr piocher plein d’idées de lecture ^^) ! J’ai beau approcher tout doucement de la quarantaine, j’aime aussi la littérature YA même si j’en ai lu bien moins que toi, j’ai découvert le genre plutôt récemment. En tout cas je pense que si elle fleurit autant, ce n’est pas pour rien : les problématiques abordées sont au coeur des préoccupations actuelles, que l’on soit jeune adulte ou pas d’ailleurs…
    Tiens au passage je n’ai nommé pour un award 🙂 http://biancatsroom.wordpress.com/2013/12/05/le-sisterhood-of-the-world-bloggers-award-a-tes-souhaits/

    • Je t’en prie pour les idées de lecture et je suis contente de voir que le YA est lu, quel que soit l’âge du lecteur (comme quoi c’est bien un faux débat que celui-là ! )
      Ooooh, je vais aller voir pour l’award hé hé 😉

  6. Bien d’accord avec toi ! Si j’ai eu quelques déconvenues (Twilight), j’ai aussi eu de bien belles lectures (Hunger Games) et j’ai une LAL bien longue de livres YA 🙂
    Dans ma bib’, on a notamment fait le projet, afin de ne pas cloisonner – justement – par âge, d’un fond qui comporte des livres YA + des livres sélectionnés dans les romans adultes, ces derniers changeant tous les 6 mois, pour que les lecteurs farfouillent plus et ne collent plus d’étiquettes.
    Et, enfin, oui il y a quantité de bonnes histoires dans le YA, qui divertissent, font réfléchir, sont bien ficelées. Quelque que soit son âge (pas loin de la trentaine pour moi aussi) on peut s’y retrouver !
    (la preuve, c’est la longueur de ma LAL ^^)
    Bravo pour ce bel article passionné !

  7. Magnifique article ! Je suis une grande lectrice de Young Adult dans tous ces thèmes et je l’assume parfaitement,je pense que certains YA sont beaucoup plus adultes que bons nombres de livres « adultes » (ça fait beaucoup de « adulte » dans ma phrase mais ej pense qu’on m’aura comprise 🙂 )

    Par contre, quelque chose de terrible: je viens de découvrir de nouveaux titres que je ne connaissais pas, je sens que ma PAL va encore s’agrandir …

    • … Désolée ? ^^ Blaguàpart, c’est parfaitement clair et moi aussi certains YA me touchent beaucoup plus que certains titres dits plus « adultes » (mais bon, comme je n’aime pas les étiquettes de trop hein..)

  8. Bravo, c’est un très bel article !! Je te rejoins à 100%, d’abord parce que nous avons le même âge ^^ mais aussi par la définition que tu en fais. Je trouve parfaitement mon compte dans la littérature jeune adulte et les sujets abordés sont souvent passionnants…

  9. Ah, le Young Adult… J’ai découvert avec Hunger Games, et depuis je ne m’en lasse pas. Alors, oui, il y a plein de trucs un peu nunuches dedans, comme dans n’importe quel genre, mais il y a tellement d’intrigues passionnantes mises au service de réflexions profondes, qu’on insère par petites touches sans en avoir l’air, et qu’on nous fait vivre littéralement plutôt que de nos bassiner avec un côté moralisateur et bien pensant !
    Ce que j’aime, dans cette littérature, c’est qu’elle se situe toujours à l’heure des choix pour le héros. Les choix qui vont forger sa personnalité d’adulte, son comportement, son quotidien. Elle est à ce carrefour de la vie, où on est déjà capables de réfléchir aux années écoulées, d’en prendre le meilleur (ou le pire !) et de créer le « nous » qu’on veut devenir, avec des valeurs réfléchies et assumées, des priorités conscientes (l’amour avant le travail, ou le contraire, par exemple).
    Tout s’articule autour de cette courbe du héros (ou de l’héroïne !), de ses doutes, ses erreurs et, finalement, cette libération ultime, la certitude d’être quelqu’un qui vivra sa vie pleinement, e parfait accord avec sa conscience, malgré toutes les épreuves endurées.
    La plupart du temps, ce sont les personnages qui sont mis en avant, avec un traitement des émotions très subtil, le tout dans un contexte social qui nous pousse à regarder notre monde (ou une partie de notre monde) différemment.

    Bref : j’aime ❤ Merci pour ce bel article !

  10. Ton article me fait prendre conscience que, pour ma part, je ne suis pas du tout une lectrice de Young Adult, en fait, si je regarde plus en détail ce que j’ai lu ces dernières années. Je n’ai acheté que Ugly (toujours pas lu depuis 2 ans) et… De l’autre côté du mur (… parce que Agnès et je suis d’ailleurs en train de le lire).
    Du coup, les romans publiés sous cette « estampille marketing », je suis complètement passée à côté, en vérité.
    Bon, en même temps, on ne peut pas tout lire et être sur tous les fronts. Malgré la soixantaine de romans lus chaque année, ma pile à lire est toujours aussi débordante… j’ai encore pas mal de titre « purs jeunesse » sous le coude qui passeront en priorité. Quoi que « Les effacés » et « Cherub », est-ce que ce n’est pas estampillable YA ?

    • Pas lu les deux, je pense qu’ils sont plus « jeunesse », mais je ne peux pas le confirmer. Perso, j’aime bien aussi varier les plaisirs (même si j’aime aussi revenir au YA régulièrement 😉

  11. Pingback: L’interview du samedi | Cindy Van Wilder
  12. Concernant A comme Association, j’ai enfin mis mon retour de lecture en ligne, si tu veux y jeter un coup d’oeil (note que j’assume mon total manque d’objectivité, je suis archi-fan de cette série). 😉

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