Couvrez ce sein que je ne saurais voir

Une réplique du Tartuffe de Molière, qui m’est venue d’abord en pensant au manque de réalisme sur le plan de la sensualité/sexualité en littérature YA (je vais y venir), ensuite en ce qui concerne l’hypocrisie qui a particulièrement cours ces jours-ci (notamment sur ce sujet) et dont certaines ont beaucoup  mieux parlé que moi (rendez-vous sur ma revue du Web de dimanche dernier si vous n’avez pas encore lu ces articles, que je vous recommande chaudement!).

Je reviens sur le premier sujet cité, à savoir la sensualité/sexualité en YA et le manque parfois criant de réalisme dans les intrigues. En tant que lectrice, c’est un point qui m’a fait grincer des dents. Parce que, soyons clairs, quand vous décrivez une romance entre deux adolescents/jeunes gens, qu’ils connaissent leurs premiers émois amoureux, et que ceux-ci se contentent de se regarder amoureusement les yeux dans les yeux, vous vous dites quand même qu’il y a un souci. Autant verser dans l’extrême contraire – par exemple une orgie toutes les 10 pages – ne me plaira pas plus, autant décrire une passion tout en respectant une bienséance, qui le plus souvent est hypocrite et absolument pas conforme à la réalité, ne me plaît pas plus.

Heureusement, ce tabou a tendance à être oublié & dépassé par plusieurs auteurs YA. Je pense par exemple à Barry Lyga dans sa série I hunt Killers, Carina Rozenfeld avec Phaenix,  Paul Griffin et son poignant Ne t’en va pas, Cruelles de Cat Clarke ou encore La Couleur de l’Aube d’Agnès Marot, prochainement publié aux éditions Armada. Des auteurs qui n’hésitent pas à décrire des passages sensuels, des relations sexuelles entre ados sans pour autant verser dans la guimauve ou l’excès, mais d’une manière juste, sensible, pratique et surtout réaliste. Personnellement, en tant que lectrice, je soutiens tout à fait cette initiative. Cela fait partie des choses que j’aime dans la littérature YA.

Notez que ce phénomène digne de Tartuffe touche également d’autres genres littéraires, comme le New Adult, par ex. ces romans destinés à la tranche d’âge supérieure, à savoir les 18-25 ans. Aussi, quand certains journaux (encore une fois) mal renseignés assimilent ce genre à des romans érotiques, cela me fait doucement rigoler. Même en n’étant pas experte du genre – je n’en ai lu qu’un, le Fangirl de Rainbow Rowell, et ca a été une déception pour ma part – je peux vous dire qu’il était bien plus chaste (et entre jeunes gens d’une vingtaine d’années, comment dire… Non, je n’ai pas trouvé ça crédible!) que bien des romans YA décrivant une romance !

D’ailleurs, c’est un point qui m’est revenu en tant qu’auteur, quand plusieurs lecteurs ont relevé (de manière positive, je tiens à le dire) la sensualité présente dans certains passages du premier tome des « Outrepasseurs ». Marrant comme certaines remarques que vous vous faites en tant que lectrice peuvent vous revenir comme un boomerang quand vous passez de l’autre côté du miroir éditorial ! Bref, effectivement, sans pour autant vous spoiler, la sensualité est présente dans ce premier tome. Et elle sera encore dans les tomes deux et trois. C’est un aspect que j’assume pleinement, comme nombre de plumes que je connais et que j’admire, et je suis très heureuse que mon éditeur m’ait suivi sur ce terrain.

Comme je le disais plus haut, sans verser dans le sexe pour le sexe – personnellement, ca ne m’intéresse pas, j’ai besoin d’émotions, d’implications de la part des personnages, de cette UST (comprenez l’Unresolved Sexual Tension = Tension Sexuelle non résolue, une abbréviation que j’ai appris en lisant des fanfics) – rester au stade « je te prends par la main » ou « je te fais un bisou sur la joue » me met aussi les nerfs en pelote. Parce que je n’ai pas envie de lire des romans à la Tartuffe ou tout simplement, qui n’assument pas cet aspect des choses.

Et vous, qu’en pensez-vous ?

P.S: N’oubliez pas que vous avez jusqu’à aujourd’hui minuit pour participer au concours n°2 des Outrepasseurs !

9 réflexions sur “Couvrez ce sein que je ne saurais voir

  1. Comme je te le disais, je n’avais pas conscience d’être un peu à contre-courant en écrivant La Couleur de l’aube : j’ai écrit ce qui me semblait naturel. Maintenant, je mesure mieux l’écart qu’il peut y avoir entre bon nombre de scènes de mon roman et les lectures qu’on a habituellement en YA. J’avoue avoir été étonnée par cette frilosité, alors que les Anita Blake et 50 nuances de Gray font un carton et vont mille fois plus loin que moi, qui reste dans la sensualité et l’UST. Et je me demande, du coup, quelle va être la réaction des lecteurs de La Couleur.
    Je suis prête à les défendre becs et ongles, aussi. Pas question de les censurer pour quelques âmes pudibondes !
    Merci pour ce beau billet, ma belle 🙂

  2. C’est un peu comme une sorte de censure face au passage à l’acte. Les américains en sont souvent friands pour la sacro-sainte pudeur et pourtant, on (enfin, surtout les autres) se fourvoie. Cela fait partie du quotidien et c’est aussi quelque chose qui me touche quand on détourne les choses de sorte à ce que cela n’arrive pas ou très peu. La société d’aujourd’hui est telle que la sensualité et la sexualité en font partie et si, bien entendu, il ne faut pas basculer dans le voyeurisme ou le trop, il faut dire les choses telles qu’elles existent, sans faux semblants ! Très bel article my dear !

  3. Je te suis sur ce que tu dis, je lis moins de YA aussi pour ça…
    Je me retrouve et m’identifie davantage aux romances contemporaines ou même aux NA qu’aux YA maintenant.
    Et clairement, le côté « on se prend la main tout le livre » doit expliquer en partie cela.

  4. Aaah oui, je suis d’accord ! Bon, je lis assez peu de YA, mais c’est l’une des choses qui m’avaient le plus agacée dans Harry Potter (surtout que j’avais à peu près l’âge des protagonistes à l’époque où je lisais ça). Comme si des ados de 13 ans ne parlaient pas de sexe à longueur de temps… Passer à l’acte, c’est déjà autre chose. Personnellement, je n’ai rien vécu du tout, pas même le moindre petit bisou, avant d’aller à l’université. Donc niveau identification, des lycéens qui se font un bisou ou se tiennent par la main, c’est déjà dix fois trop hot pour moi.
    Le problème, c’est que je ne sais pas à quel point le réalisme de ce genre a sa place dans une histoire qui se veut moindrement romantique + lisible par un public jeune (est-ce que le fait que les gamins voient de la porno à 12 ans est une raison suffisante pour banaliser ça dans un bouquin ?). C’est une question qui me turlupine, parce que je réfléchis en ce moment à un projet YA que j’ai, et je me rends compte que j’édulcore malgré moi. Ce qui titille des pré-ados et ados n’a finalement pas grand intérêt. Pourquoi je l’inclurais à une histoire qui se veut un minimum entraînante et chouette à lire ? Ma solution, c’est que c’est aussi de la SF, et que leur société est un peu plus « clean » (et belle) que la nôtre. Mais bon. La question se poserait sans équivoque en contemporain.
    Enfin, j’ajouterai quand même qu’on ne vit pas tous dans la même « culture ». Cela étonne parfois des gens qui pensent que ce qu’ils vivent est généralisable à l’ensemble des humains, mais je connais plusieurs personnes qui ont la conviction de rester vierge jusqu’au mariage (femmes et hommes, évidemment). Par exemple. Je veux dire, il y a vraiment des gens pour qui la vie ressemble à cela, à quelque chose de très chaste, et qui n’ont ni la tentation ni même l’exemple d’autre chose autour d’eux. De toute façon, on juge toujours de la crédibilité par rapport à notre expérience personnelle, alors que celle-ci n’est forcément que subjective et limitée. Finalement, on a surtout besoin de diversité, mais tout a sa place à priori.

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