Sur le grill (3) : Flora du blog Une page s’ouvre

Le retour des interviews! Et cette fois-ci, c’est Miss Flora du blog « Une page s’ouvre » qui est sur le grill (je vous rassure quand même, elle n’a pas – trop – souffert!) J’ai découvert son blog par le biais d’un article qui m’a profondément touché, sans doute parce qu’il s’attaque à un des préjugés les plus courants envers les lecteurs, à savoir « Pourquoi tu lis ça ? C’est nul! » (et je reste polie.) Bref, dès ce moment, j’ai été accrochée par ce blog et la Miss qui le tient ! Sans plus de blablas, allons-y pour l’interview!

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1. Hello Flora ! Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Fort bien, ma chère Cindy ! Quelle curieuse créature suis-je donc ? Jeune spécimen de l’espèce humaine, j’ai vingt et un ans et le nez encore plongé dans les études – littéraires, of course. En effet, puisqu’il m’est impossible de vivre dans un livre, je nourris le rêve de travailler dans le monde de l’édition. C’est ma façon de supporter ma normalité, moi qui ne mesure qu’un petit mètre soixante-deux, vis à trois stations de métro de Paris, et suis dépourvue de pouvoirs magiques (même si je suis convaincue qu’ils ne se sont simplement pas encore manifestés, j’ai bon espoir).

2. Qu’est-ce qui t’a donné envie d’ouvrir ton blog « Une page s’ouvre » ? 

Je dirais que la motivation a été double. Au départ, je me disais que ce serait un outil pratique pour rentabiliser mes lectures, mais je l’ai surtout conçu comme un outil professionnel. Comme je l’ai mentionné, je souhaite travailler dans l’édition, et je ne suis pas la seule : les places sont chères dans le milieu. Fournir une preuve de mes capacités rédactionnelles et analytiques me semblait donc être un atout non négligeable et j’étais très impressionnée par le succès du blog d’une de mes amies. En outre, il y avait la possibilité de recevoir des milliers de services de presse, et je m’imaginais croulant sous une pyramide de livres, ce qui a fini de me convaincre.

Cependant, au fil des mois, j’ai donné à ce blog une touche beaucoup plus personnelle, et d’un outil professionnel, Une page s’ouvre est devenu le lieu de mon expression la plus intime. Dorénavant, ce n’est donc pas un élément que je mets en avant dans mon parcours professionnel, car c’est mon espace de refuge, et je préfère qu’il garde cette « patte » perso. Ce qui me motive aujourd’hui, c’est donc d’écrire selon mon envie et de partager des choses, débattre avec la communauté des lecteurs.

3. Tu chroniques tes lectures, mais tu parles aussi à coeur ouvert sur de nombreux sujets littéraires. Comment vois-tu le monde du livre à présent ? Quel(s) défi(s) à relever, quel avenir lui vois-tu ? Dis-nous tout! 

Là, ça devient sérieux, attention ! Tu mets le doigt sur LA question qui angoisse la totalité du monde du livre : l’avenir… Pas facile de s’en dépatouiller ! Cela dit, je n’ai pas envie de pleurer sur le sort du livre en disant que tout va mal. Non, si le livre va mal, il faut se remettre en question pour pouvoir réagir et rebondir.

Tout d’abord, on ne peut que faire un constat mitigé : certes, le livre ne va pas aussi bien qu’auparavant, mais il suit une tendance générale, et puisqu’il n’a jamais été une source de chiffre d’affaire énorme, sa crise est peut-être moindre en comparaison avec d’autres secteurs.

En toute honnêteté, j’ignore quel sera l’avenir du livre, ma boule de cristal est désespérément en panne à ce sujet. Ce qui est sûr, c’est que les choses vont changer, le développement du livre numérique va continuer, mais le livre papier ne mourra pas de sitôt. En fait, plutôt que d’œuvrer à l’avenir du livre, on continuera à se poser la question pendant de nombreuses années. Pourquoi ne pas prendre les devants ? Je pense (peut-être à tort, je ne détiens pas toutes les clefs) que l’édition française devrait prendre plus de risques et accepter d’évoluer. Oui, nous avons peur pour nos librairies indépendantes et nos bibliothèques, oui, nous avons peur que la production d’œuvres « restreintes » ne pâtisse de la « best-sellerisation » du marché du livre… Tout ce qui fait l’exception de notre marché français, en fait. Sauf qu’à un moment, à force de vouloir garder les privilèges instaurés, le marché entier risque de sombrer et de ne pas s’en remettre. Il en va de même de certaines incohérences de la production sur lesquelles il faudrait se pencher sérieusement : il n’y a jamais eu autant de livres publiés (regardons un peu le nombre de titres lors de la rentrée littéraire) alors que le nombre de gros lecteurs diminue de plus en plus… Les gens lisent différemment, c’est une réalité.

Il est bien sûr facile de pointer les faiblesses et de ne pas apporter de solutions concrètes, surtout du haut de ma petite vingtaine et de mon inexpérience, mais je pense que l’édition sortira victorieuse (ou du moins, pas trop estropiée) de cette crise en innovant et en acceptant d’évoluer, plutôt qu’en restant accrochée à ses acquis. Avoir un passé prestigieux, c’est bien sûr exceptionnel pour une maison, mais savoir s’adapter et évoluer, c’est vital, que l’on ait un passé prestigieux ou pas. Tout le monde attend de voir ce qu’il va se passer, attend de subir de plein fouet le changement quand il arrivera… Leur marge de manœuvre n’est peut-être pas très grande, surtout d’un point de vue financier, mais pourquoi ne pas considérer l’avenir comme un défi et proposer dès lors une nouvelle façon de penser l’édition et le livre plutôt que d’attendre qu’elle ne s’impose d’elle-même ?

D’un autre côté, je trouve que la production est incroyablement riche et variée, notamment dans des secteurs qui jouissent d’une nouvelle popularité, comme le polar, la SFFF ou surtout le young-adult. Certains y voient de l’opportunisme littéraire post-Harry Potter ou Twilight. Peut-être. Dans tous les cas, cela a ouvert de nouvelles portes, de nouveaux horizons de lecture qui nous étaient jusque-là inconnus. Personnellement, en tant que lectrice, c’est ça que je recherche.

Bref, on sent que le monde du livre bouillonne en ce moment. Va-t-il imploser ou exploser ? Telle est la question. Mystère, mais j’espère pouvoir un jour participer à son explosion et à la découverte de nouveaux horizons.

4. Tu as rédigé un mémoire sur la bit-lit & la fantasy urbaine. Comment t’est venue l’idée d’entreprendre un mémoire sur ce sujet ? Qu’en as-tu retiré ?

Au départ, je ne voulais pas choisir un sujet de mémoire par défaut qui me prendrait la tête toute l’année. Ça peut paraître bête et simpliste, mais je voulais un truc qui me botte et qui sorte un peu de l’ordinaire (Zola, Balzac, Vian, Duras et compagnie) car je trouve que trop d’étudiants choisissent des sujets rebattus qui ne leur plaisent pas, ce qui est bien dommage.

C’est en voyant le succès grandissant de la bit-lit, ce genre bizarre, que j’ai voulu m’intéresser au phénomène. Pourquoi maintenant, pour quel public, pour quelles raisons ? Je n’y connaissais rien, et je me suis donc penchée sur le sujet d’un point de vue plus sociologique que littéraire. Au fur et à mesure, j’ai constaté que le genre était beaucoup plus riche que le néophyte pourrait le penser, et je me suis désintéressée de la romance paranormale pour me concentrer sur la fantasy urbaine, par souci de temps et de longueur. J’ai décidé d’étudier la place de la femme dans cette littérature ainsi que le travail éditorial et la réception autour de ce genre encore mal défini et jugé illégitime. C’est absolument passionnant, car j’ai pu décortiquer la naissance de ce genre en France, et constater par exemple que certains partis pris d’éditeurs français pouvaient orienter la réception des œuvres, notamment par le changement des couvertures, résolument féminines, qui ont à mon sens enfermé le genre dans une cible déterminée. J’ai pris beaucoup de plaisir à déconstruire certaines critiques négatives en démontrant que la fantasy urbaine, bien que moderne et parfois sans prétention littéraire, possède un sous-texte très sérieux, notamment sur la condition de la femme et l’état actuel de notre société et de ses enjeux (machisme, racisme, addiction, religion, conflits politiques…).

Ensuite, je nourris le faible espoir de redorer légèrement le blason de la littérature populaire, mais la tâche est rude. Je le vois bien lorsque je parle de mon sujet à d’autres personnes, notamment des étudiants qui, de suite, pensent que je ne lis que « des débilités avec des filles à poil sur la couverture », comme dirait Stéphane Marsan, et me jugent. Je trouve ça navrant, et j’espère leur montrer que le sujet en vaut la chandelle et que ce n’est pas parce qu’il s’agit de littérature populaire, a fortiori de littérature féminine, que le sujet est creux et sans intérêt. Je pense néanmoins que les préjugés de ces gens-là relèvent avant tout de leur ignorance totale de cette part de la littérature, car bien des fois, certains se sont montrés très intéressés par le sujet, une fois celui-ci développé et expliqué…

5. Enfin, j’ai découvert que tu avais récemment inauguré un Tumblr, très chouette d’ailleurs ! Que penses-tu de ce nouvel espace de communication ? Est-ce facile d’associer images & propos aussi courts ? Suis-tu beaucoup de tumblr ?

Oui, mes Caprices de lectrice ne sont pas vieux mais c’est une façon totalement différente de partager des impressions de lectrice et de lecture, et j’y prends mon pied ! Je dois dire qu’au départ, je regardais la plateforme Tumblr d’un œil un peu blasé : encore un nouveau machin qui fait le buzz, mais qui ne va pas durer et tralala… J’ai toujours adoré les gifs (une prouesse technologique que je trouve simplement géniale et qui, pour moi, est un peu comme les photographies animées de Harry Potter) et puis en fouinant, j’en ai trouvé des excellents, et la source était à chaque fois la même : Tumblr. Je suis ensuite tombée sur des tumblr aux thématiques qui me passionnent et qui proposaient des associations de phrases et de gifs hilarantes, alors je me suis lancée dans l’aventure.

En fait, j’exploite cette plateforme d’une façon très limitée : c’est une extension du blog mais qui reste un peu à part tout de même, un espace de rigolade et de partage pour se détendre et papoter sur nos expériences de lecteurs. En revanche, je ne serais pas à l’aise pour y bloguer de façon exclusive. Je suis trop familiarisée à Blogger et je n’apprécie pas trop l’interface de Tumblr, qui est en plus un peu lent à la détente et sujet aux bugs (j’ai déjà eu quelques crises de nerfs…). Il y a des gens qui choisissent de bloguer de manière traditionnelle sur cette plateforme mais finalement, beaucoup suivent seulement la tendance « un gif = une phrase ». Et dans cette optique, le site est top. Je conçois donc davantage Tumblr comme un site de partage (on reblogue une photo, une citation, etc.).

Pour ce qui est d’associer images et textes courts, il s’agit en fait d’une gymnastique. C’est bizarre mais c’est un peu comme un virus : à force d’en lire, on finit par penser comme un tumblr, et le déclic se fait naturellement en voyant un gif. Après, j’aime bien développer (la preuve quand on voit la longueur de cette interview, ayez pitié de moi !) et c’est pour ça que je reprends les caprices sur mon blog en les étoffant davantage. Mais j’aime aussi la concision qu’offre Tumblr. Simple, rapide et efficace. Bien sûr, cette tendance fait partie d’un phénomène de mode, qui s’évanouira peut-être avec le temps… Qui sait !

Enfin, je suis régulièrement quelques tumblr (pas autant que je le voudrais, mais il faut blâmer le manque de temps !), aux sujets assez variés. Bien sûr, il y a ceux qui concernent le milieu du livre, De l’édition et Les Libraires ne sont pas méchants, malheureusement inactifs depuis un certain temps. J’en suis un sur la danse classique (Oh Ballet !) et récemment, Des Fists et des Lettres, qui me fait bien rire, je dois l’avouer… Après, je glane quelques petites choses ici et là, car il y en a tant qui méritent d’être vus !

Et toi, tu as des adresses à nous recommander ?

Tout plein !

Merci à Flora pour cette chouette interview !

10 réflexions sur “Sur le grill (3) : Flora du blog Une page s’ouvre

  1. Très belle interview, merci Cindy et Flora, c’est super intéressant !
    J’adore aussi ton blog, même si je ne le suis pas aussi régulièrement que je voudrais. Bon courage pour travailler dans l’édition, j’espère que tu réaliseras bientôt ton rêve 🙂
    Pour les tumblr, j’adore « jerisjecris » et « laisse tumblr » (Cindy : devancée ! ^^), et j’adorais aussi « De l’édition » qui m’a valu un certain nombre de fous rire.
    A très vite !

    • Ahhh, je suis ravie que l’interview t’ait plu, Agnès !
      Un grand merci à toi pour tout, et pareillement, je suis sûre qu’on trouvera notre bonheur, à force de persévérance ! Enfin, de ton côté, tu traces déjà sagement mais sûrement ta petite route, continue !
      Tiens, je vais aller voir le tumblr « jerisjecris » de ce pas, merci pour le conseil. 🙂
      A très vite !

  2. Cindy, j’ai découvert le blog de Flora de la même façon que toi…et là Flora, je découvre ton âge, 21 ans seulement et tellement de maturité dans ta réflexion et ton écriture, je suis bluffée !

    Et je partage totalement l’avis que as développé en réponse à la question 3.

    Merci pour cette petite itw, les filles, c’est toujours sympa de connaître un peu plus les gens qu’on lit régulièrement 🙂

    • Oh, une petite Caro ! 😀
      Eh oui, je suis encore dans ma folle jeunesse, héhéhé… Ahem, que disais-je donc ?
      Je suis très touchée par tes compliments, ma chère Caro, ils me vont droit au coeur ! Ta fidélité me comble par ailleurs, et tes commentaires me font toujours incroyablement plaisir ! Et ravie de voir qu’on partage le même avis. 😉

  3. Ca fait plaisir de découvrir une interview quand on connait bien le blog en question ! 😀 Je dois reconnaître que je suis impressionné par la qualité des articles de Flora, le niveau ne baisse jamais… Merci Cindy pour cet entretien très sympa !

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