Bilan lecture Janvier/Février – 1e partie

Je me suis *enfin* décidée à prendre ce taureau par les cornes et à rédiger ce billet !

(Ou du moins sa première partie… Vu la taille que ce dernier risque de prendre, mieux vaut le couper en deux !)

Une fois n’est pas coutume, je vais commencer par la romance. Durant ce mois, j’en ai lu quatre, dont une historique et trois contemporains. L’occasion de découvrir la plume de Nalini Singh et je dois dire que je l’ai vraiment appréciée dans le contexte de sa série Rock Kiss !

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Je reviendrai certainement pour le 3e opus de cette série, qui sort ce mois-ci.

On continue avec la littérature francophone, où j’ai eu l’occasion de (re)découvrir de jolies plumes, comme celle de Léonora Miano, qui entre définitivement dans mon panthéon d’auteurs avec le puissant Sankofa Cry, celle d’Elise Fontenaille sans oublier ma chère Lise Syven !

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Les trois soeurs et le dictateur, que j’ai lu dans le cadre de mon challenge We Need Diverse Books et dont vous pouvez retrouver la chronique ici

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Les aubes écarlates – Sankofa Cry, aka mon coup de coeur de janvier ! Mon avis ici

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Phénoménale – tome 2 de la Balance Brisée de Lise Syven

4e de couv’

C’est la rentrée, il faut se remettre à étudier. Le collège, les profs, les pestes qui vous pourrissent la vie… Heureusement que Fatou et les copines sont là pour se changer les idées. Quant à Max, le voilà scotché à une nouvelle élève. Ce n’est pas qu’Elie soit jalouse (hum !) mais elle aimerait bien en savoir plus sur la nature de leur relation.

Elie a aussi d’étranges visions liées à la Balance Brisée… Elle doit vite progresser en magie : sa famille est peut-être en danger !

L’année s’annonce drôlement mouvementée…

Mon avis

J’avais beaucoup apprécié le premier opus Subliminale, j’avais donc hâte de retrouver Elie, Karl, Fatou sans oublier Mirza bien entendu ! En même temps, dans cet opus, il serait difficile de l’oublier… 🙂 Elie retrouve donc le collège, avec des bonnes surprises – sa meilleure amie, Fatou, avec laquelle elle est très liée – et de moins bonnes – Max, son copain, qui n’a donné aucun signe de vie durant l’été et qu’elle retrouve hyper protecteur envers la nouvelle élève, Elena. Ajoutez à ça une visite surprise de l’oncle Henri et d’étranges visions liées au secret de ses parents, la Balance Brisée… Elie a de quoi faire !

Ce que j’aime dans cette série, c’est que l’auteur ne prend en aucun cas ses lecteurs pour des truffes. Si les parents jouent bel et bien un rôle, les ados doivent se débrouiller seuls, face à des sujets qui peuvent être difficiles à aborder, comme le harcèlement scolaire. L’opus fait toujours la part belle à la diversité, avec notamment les différents types de magie. Mais le petit plus pour moi dans ce livre, c’est la relation frère/soeur entre Karl et Elie, qui se développe, s’affine… Inutile de vous dire que je me demande ce que l’auteur nous réserve dans le tome 3 !

En conclusion, un excellent second tome, sans temps mort, une série jeunesse que je recommande vivement !

Lecture #8 dans le cadre du challenge  twitter-25-pledge

Après une lecture que j’ai abandonnée car le style d’écriture ne me convenait vraiment pas…

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Voici un OVNI littéraire – et ce dans tous les sens du terme ! – qui m’a beaucoup plu, j’ai nommé…

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The Humans (dispo en VF chez Hélium) par Matt Haig

Vous pouvez retrouver ma chronique ici ! 

Quelques lectures en demi-teinte, auxquelles je n’ai pas réussi à totalement accrocher, mais qui se sont révélées agréables et pleines de surprises !

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A Hero at the End of the World par Erin Clairborne

Vous pouvez retrouver mon avis ici

Created with Nokia Smart Cam

Gracefully Grayson par Ami Polonsky

4e de couv’

Alone at home, twelve-year-old Grayson Sender glows, immersed in beautiful thoughts and dreams. But at school, Grayson grasps at shadows, determined to fly under the radar. Because Grayson has been holding onto a secret for what seems like forever: “he” is a girl on the inside, stuck in the wrong gender’s body.

The weight of this secret is crushing, but leaving it behind would mean facing ridicule, scorn, and rejection. Despite these dangers, Grayson’s true self itches to break free. Strengthened by an unexpected friendship and a caring teacher who gives her a chance to step into the spotlight, Grayson might finally have the tools to let her inner light shine.

Mon avis

Soyons clairs, ce bouquin avait tout pour me plaire : un thème qui entre directement dans mon challenge We Need Diverse Books, une belle écriture, un personnage principal qui porte un lourd secret… Bref, tous les ingrédients étaient réunis, et pourtant, la sauce n’a pris qu’à moitié. Peut-être parce que le rythme de l’intrigue était trop « paisible », même si elle ne manque pas de dénouements; ou que le personnage principal, Grayson, demeure un brin trop spectateur à mon goût (en même temps, à douze ans, vous me direz, c’est un peu logique). Néanmoins, en dépit de mes réserves, l’histoire m’a touchée : Grayson se rêve depuis longtemps en tant que fille. Il achète des T-shirts trop longs en imaginant qu’il s’agit de robes, il a le réflexe d’aller dans les toilettes pour filles, en bref il est déchiré entre ce qu’il est à l’extérieur et ce qu’il voudrait être.

L’occasion de franchir le pas, de révéler ce qu’il désire devenir lui est donnée lors d’un casting pour une pièce de théâtre, où Grayson auditionne… pour le premier rôle féminin. Et l’obtient. Ce qui n’est pas sans conséquences pour lui comme pour sa famille ou le professeur qui dirige la pièce. Le bouquin pose des questions intéressantes sur les thèmes de l’identité, de la liberté d’expression, de la relation professeur-élève et j’ai vraiment apprécié suivre le parcours de Grayson. Néanmoins, j’aurais aimé un peu plus de vie dans tout cela !

Lecture #9 twitter-25-pledge

On continue dans le YA, cette fois-ci avec un livre qui m’intriguait pas mal…

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Please Ignore Vera Dietz par A.S. King

Une auteur relativement peu connue en francophonie, mais déjà multi-primée Outre-Atlantique. Attention, ce roman va être difficile à chroniquer…

4e de couv’

Eighteen-year-old Vera’s spent her whole life secretly in love with her best friend, Charlie Kahn. And over the years she’s kept a lot of his secrets. Even after he betrayed her. Even after he ruined everything.

So when Charlie dies in dark circumstances, Vera knows a lot more than anyone—the kids at school, his family, or even the police. But will she emerge and clear his name? Does she even want to?

An edgy, gripping story, Please Ignore Vera Dietz is an unforgettable novel: smart, funny, dramatic, and always surprising.

Mon avis

Comme je le disais, un livre difficile à chroniquer. Non pas pour son potentiel, car il est très intéressant, mais j’en suis ressortie assez incertaine quant aux personnages. Je n’ai pas besoin de les aimer à tout prix pour m’intéresser à eux, en général, et le personnage de Vera m’a marquée. Néanmoins, je n’ai pas ressenti une immense empathie envers elle. Peut-être parce que la structure de l’histoire est assez hachée, entre flash-backs et changement de narrateur.

Vera est amoureuse depuis toujours de Charlie, son voisin, mais quand ils sortent enfin ensemble, rien ne se passe comme prévu. Un an plus tard, Charlie est mort et Vera, elle, cache un lourd secret qui menace de faire vaciller complètement son univers… ne vous attendez pas à une romance conventionnelle de teenagers, pas plus qu’à un livre feel-good. L’auteur n’hésite pas à aborder des thèmes très durs, comme l’alcoolisme, la maltraitance des enfants ou encore la drogue. L’histoire de Vera et de Charlie se révèle douloureuse, même si l’auteur évite de tomber dans le pathos ou le glauque.

Une relation que j’ai beaucoup aimée dans ce livre, c’est celle de Vera et de son père, traumatisé par la disparition de la mère et qui essaie de remonter la pente psychologiquement parlant. On voit à quel point ces deux maltraités de la vie s’entraident, s’engueulent aussi, mais comptent toujours l’un sur l’autre. Des moments très touchants, qui viennent éclairer l’histoire et lui donner un peu de lumière.

Bref, vous l’aurez compris, un roman qui ne laisse pas indifférent, qui marque et qui soulève des thèmes très sensibles. J’aurais aimé pour ma part ressentir davantage d’empathie avec la narratrice.

La suite de ce bilan tout bientôt !

Challenge We Need Diverse Books #7

Toujours dans le cadre de ce challenge littéraire.

Aujourd’hui, je vous présente un méga-supra-giga coup de coeur. Si vous me suivez depuis quelque temps, vous savez que je n’emploie pas ces mots à la légère…

OnlyEverYours

Only Ever Yours de Louise O’Neill 

YA Dystopie – VO accessible – Pas de VF prévue à ma connaissance

Pourquoi avoir choisi ce roman ?

Je l’ai d’abord découvert, comme nombre de mes lectures actuelles, sur Twitter, où l’auteur est également présente. En lisant le résumé, je me suis dit « Ca passe ou ça casse, mais c’est un risque à prendre. » Et je suis très heureuse de l’avoir pris !

Thèmes principaux

Sexisme – Egalité hommes/femmes – Dictature/Autoritarisme – Féminisme

4e de couv’

In a world in which baby girls are no longer born naturally, women are bred in schools, trained in
the arts of pleasing men until they are ready for the outside world. At graduation, the most highly rated girls become “companions”, permitted to live with their husbands and breed sons until they are no longer useful.
For the girls left behind, the future – as a concubine or a teacher – is grim.
Best friends freida and isabel are sure they’ll be chosen as companions – they are among the most highly rated girls in their year.

 But as the intensity of final year takes hold, isabel does the unthinkable and starts to put on weight. ..

And then, into this sealed female environment, the boys arrive, eager to choose a bride.

freida must fight for her future – even if it means betraying the only friend, the only love, she has ever known…

Mon avis

Ah, par où commencer ? Il y a tellement de choses à dire sur ce livre… à commencer par sa dystopie impeccablement maîtrisée du début à la fin et son classement en YA. Encore une dystopie YA, me direz-vous avec un gros doute dans la voix, voire une franche horreur ? Je vous répondrai que oui. Une digne héritière de 1984, de Fahrenheit 451 ou encore The Handmaid’s Tale.

J’ai été franchement soufflée par l’audace de l’auteur, par son courage à assumer et à porter une telle histoire, par son sens critique également. Ici, point d’héroïne qui va se rebeller contre l’ordre en place. Point de triangle amoureux. Et surtout, pas de happy end. Autant que vous soyez prévenus : quand vous pénétrez dans l’univers de Louise O’Neill, c’est une histoire glaçante qui vous attend. Elle n’en est pas moins complètement addictive.

Dans l’univers de freida – et oui, c’est volontairement que les majuscules ont été oubliées, vous allez comprendre pourquoi – point de femmes naturellement conçues. Les Eves sont le fruit de modifications génétiques. Leur nombre, leurs critères physiques jusqu’à l’éducation qu’elles reçoivent – si on peut parler d’éducation – tout est mis en oeuvre pour le seul objectif que les Eves auront à remplir  : devenir les compagnes des Héritiers, pour les plus chanceuses, devenir concubines ou encore des chastity (des nonnes sans le côté religieux) pour les autres. Car, dans cette société patriarcale, se relevant du chaos et dominée par un Père Tout-Puissant, chacun a un rôle strict à jouer.

freida est dans sa dernière année. L’année où elle va enfin faire la connaissance des Héritiers et où ceux-ci devront choisir parmi les Eves disponibles. L’année où elle va pouvoir quitter « l’école » où elle se trouve et enfin découvrir le monde extérieur. En apparence, tout va bien pour freida : elle est cotée dans les dix premières de sa « promotion »; sa meilleure amie Isabel, qu’elle connaît depuis l’enfance, occupe la première place de ce podium, fort convoité, car, comme toutes les Eves le savent, leur classement dans cette impitoyable compétition qui règne parmi les Eves représente leur seule valeur. Leur seule raison d’être. Mais voilà que tout bascule quand Isabel perd le contrôle de son corps. De reine de beauté, elle devient ronde. Pire encore : grosse. Et comme chacun le sait dans le monde de freida, les Eves souffrant d’embonpoint n’ont aucune valeur. Personne n’en veut.

freida ne comprend pas ce qui arrive à sa meilleure amie, qui se coupe brutalement d’elle. Seule, en déroute, livrée en pâture aux appétits toujours plus croissants des autres alors que l’heure de présentation aux Héritiers approche, elle devra faire un choix : entre Isabel et la nouvelle reine de beauté, Megan. Entre l’amitié et l’espoir d’une vie en tant que Compagne. Entre ce qu’elle devine et ce qu’elle veut.

Vous l’aurez compris, c’est un univers d’autant plus horrifiant que nous présente l’auteur qu’il est en soi très réaliste. La suprématie de la minceur à tout prix, les troubles alimentaires et psychologiques, la tyrannie de la société imposant des carcans dont nul ne peut s’échapper et surtout, cette dévalorisation de la femme qui n’est vue que comme un objet, l’enjeu d’une compétition aussi éphémère, qui ne s’attache qu’à l’apparence : autant d’éléments qui se retrouvent dans la société d’aujourd’hui.

La dictature du Père présentée ici s’avère très efficace : tout est réglementé dans ses moindres détails. Des personnes qui sortent du moule imposé ? Elles disparaissent dans les Souterrains, où officient les ingénieurs généticiens. Et il n’y a même pas cette volonté de se rebeller contre l’ordre établi, grâce notamment à l’hyper-médiatisation de cette société du paraître, où chacun se critique librement, sans aucun contrôle.

Vous me direz, peut-on vraiment s’attacher à freida ? Là aussi, je vous répondrai que oui. C’est quelqu’un qui doute, qui souffre, mais qui, quelque part, ne se laisse pas faire. Je l’ai suivie jusqu’à la dernière page, j’ai été tour à tour agacée, émue par ce personnage, j’ai voulu la soutenir, la secouer, lui ouvrir les yeux. Et surtout, il y a ce mystère autour d’Isabel, l’ex-reine de beauté, qui incarne à elle toute seule la face la plus sombre de cette dystopie. Je ne vous en dirais pas plus sur elle.

C’est un récit douloureux, mais nécessaire. Et surtout, il est passionnant. Il provoque, il est insolent, il est rempli d’audace et d’humanité dans ce monde où il y en a finalement très peu. Vous aurez le coeur brisé, mais je vous garantis que vous ne pourrez pas rester indifférent face à ce roman.

Pour moi, définitivement, Louise O’Neill est une auteur à suivre, une plume d’un rare talent, et surtout : un écrivain engagé.

A lire d’urgence.

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Challenge We Need Diverse Books #5 et #6

Si vous ne connaissez pas encore ce challenge et RDV du samedi, zieutez donc ici !

Aujourd’hui, je vous présente – à nouveau! – deux romans qui m’auront touché chacun à sa manière. On commence par…

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The Disreputable History of Frankie Landau-Banks par E. Lockhart

YA contemporain – VO (pas de VF pour le moment) – Niveau avancé

Pourquoi avoir choisi ce roman ?

J’ai eu l’occasion l’année dernière de lire mon premier livre de cette auteur, intitulé We Were Liars (jetez donc un oeil sur mon bilan lecture 2014 pour plus d’infos). De plus, ce livre a obtenu une cote de 9 auprès des Book Smugglers. Il ne pouvait que m’intéresser…

Thèmes principaux

Sexisme – Différences hommes/femmes – Education pour tous

4e de couv’

Frankie Landau-Banks at age 14:
Debate Club.
Her father’s “bunny rabbit.”
A mildly geeky girl attending a highly competitive boarding school.

Frankie Landau-Banks at age 15:
A knockout figure.
A sharp tongue.
A chip on her shoulder.
And a gorgeous new senior boyfriend: the supremely goofy, word-obsessed Matthew Livingston.

Frankie Laundau-Banks.
No longer the kind of girl to take “no” for an answer.
Especially when “no” means she’s excluded from her boyfriend’s all-male secret society.
Not when her ex boyfriend shows up in the strangest of places.
Not when she knows she’s smarter than any of them.
When she knows Matthew’s lying to her.
And when there are so many, many pranks to be done.

Frankie Landau-Banks, at age 16:
Possibly a criminal mastermind.

Mon avis

Une élève hors du cadre dans un pensionnat ultra sélect’ ? Check.

Une jeune fille qui refuse non seulement d’être exclue d’une société secrète n’acceptant que des garçons, mais aussi d’être réduite à son statut de girlfriend de l’un des membres ? Check.

Un esprit libre, qui décide de prendre le pouvoir et de prouver sa valeur ? Check.

Pour autant, et même si ce roman comporte de nombreux passages devant lesquels je vous défie de ne pas rire/sourire, le roman entier est baigné d’un ton doux-amer. Doux-amer, car réaliste : même si l’héroïne, cette chère Frankie, parvient à ses fins – je vous laisse découvrir comment – l’auteur ne la ménage en aucun cas, pas plus qu’il n’y a de happy end à la fin. Une fin d’autant plus marquante qu’elle donne à réfléchir : la voix d’une femme/fille a-t-elle autant de « poids » que celle d’un de ses pairs masculins ? L’enseignement transmis dans ce genre d’établissements donne-t-il aux élèves féminines la liberté d’expression, les moyens pour se construire une carrière pro par la suite ou au contraire les conditionne-t-elles déjà dans un rôle de femme au foyer, sans qu’elles aient réellement leur mot à dire ?

Bien loin des triangles amoureux sulfureux, qui ont toujours la cote, Frankie se voit confrontée non seulement à un petit ami « parfait » en apparence, mais aussi à son cercle d’amis et parmi lesquels le « top dog », un élève qui se traîne une réputation d’audace et de risque-tout. Un cercle qui l’accepte en son sein parce qu’elle est la petite amie de l’un d’entre eux, comme Frankie ne tarde pas à le réaliser, et en aucun cas pour ce qu’elle a à apporter. D’ailleurs, la réaction de ce cercle quand une fille se retrouve larguée par son copain est juste choquante, presque violente. Autant d’éléments qui donneront à Frankie l’audace pour agir.

L’auteur a aussi le chic pour nuancer les portraits de ses héros, sans qu’il y ait de bons/mauvais parmi les personnages. Une tendance que j’avais déjà pu voir dans son We Were Liars et qui est finement amenée dans ce roman. Au-delà de la distinction hommes/femmes, les actes de Frankie pour se rendre maîtresse de la confrérie secrète du pensionnat amènent d’autres questions : est-il gratifiant d’être le rebelle, celui qui s’élève contre l’ordre établi ? Ou n’est-ce qu’une manoeuvre pour être intégré ? Pour prendre le pouvoir et ce à n’importe quel prix ?

Un roman qui questionne, qui dérange et qui fait réfléchir, un livre à ne pas manquer!

L’autre roman est un véritable coup de coeur. Ladies and gentlemen, I give you…

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Les aubes écarlates – Sankofa Cry de Léonora Miano

Pourquoi avoir choisi ce roman ?

J’avais déjà eu l’occasion de découvrir cette auteur grâce à son dernier-né La Saison de l’Ombre, prix Femina 2013 et chroniqué par mes soins ici. Un roman qui m’avait bouleversé, autant par son style que par son histoire. Les aubes écarlates attendaient tranquillement que je l’ouvre et laissez-moi vous dire, c’est une autre perle à la couronne, déjà brillante, de Léonora Miano.

Thèmes principaux

Enfants-soldats – esclavage – commerce triangulaire – devoir de mémoire – racisme

4e de couv’

 Au Mboasu, petit état d’Afrique équatoriale, vieux dictateur et enfants soldats se disputent le pouvoir en déchirant le pays. Pendant ce temps, comme le fait Ayané dans un orphelinat de guerre, les femmes s’échinent à recoller les morceaux. Portés par le verbe des morts et des disparus, elles renforcent le lien entre l’Afrique d’hier et celle d’aujourd’hui. C’est par elles que ce continent construira son avenir.

Mon avis

Une fois n’est pas coutume, je vais commencer par un extrait. Lisez et savourez !

Qu’il soit fait clair pour tous que le passé ignoré confisque les lendemains.

Qu’il soit fait clair pour tous qu’en l’absence de lien primordial avec nous, il n’y aura pas de passerelle vers le monde.

Qu’il soit fait clair pour tous que la saignée n’est pas asséchée en dépit des siècles, et qu’elle hurle encore, de son tombeau inexistant.

Qu’il soit fait clair pour tous que rien ne sera reconstruit, chez ceux qui n’assurèrent pas notre tranquillité.

Ne crains pas de comprendre, de rapporter notre propos. Nous sommes les cieux obscurcis qui s’épaississent inlassablement, tant qu’on ne nous a pas fait droit.

Une critique a dit de ce roman qu’il avait la puissance d’un exorcisme. Une métaphore qui me semble tout à fait adéquate pour parler de la voix puissante, envoûtante, à la fois incisive et libératrice, de Léonora Miano. C’est un voyage dans une Afrique où passé, présent et avenir se confondent, une Afrique – le Continent, comme l’appelle la romancière – où les morts ne peuvent pas se taire, où les oubliés de l’Histoire, depuis ceux qui furent enlevés pour être emmenés par bateaux entiers jusqu’aux enfants recrutés par les milices et autres rébellions, crient, encore et toujours, pour que les vivants leur rendent enfin ce qui leur est dû. Une passerelle vers l’autre monde, une voix qui reconnaît leur histoire.

Par les voix d’Ayané, jeune femme qui a subi l’ostracisme dans son village en raison de son statut de « fille de l’étrangère », d’Eso, ancien enfant-soldat devenu carnassier et kidnappeur à son tour, Epa, rescapé de cet enfer qui a vu son frère sacrifié sous ses yeux et qui veut ramener les siens chez eux et enfin, Epupa, prophétesse, pythie enceinte jusqu’aux yeux, celle qui apporte réconciliation et dignité dans un village divisé, la romancière trace une toile ensanglantée, sombre, presque insupportable dans son intensité. Elle raconte les injustices, la corruption, l’exploitation sans fin des petits par les grands, des insignifiants par les puissants. Elle raconte les drames, les rafles dans les villages, les meurtres et les pillages.

Miano ne serait cependant pas Miano si elle ne dessinait pas aussi l’espoir, fragile, mais bien présent, d’une génération qui ne veut plus ignorer le passé. Qui en a besoin même pour bâtir son avenir. Pour que ceux habitant le Continent ainsi que les membres de la diaspora africaine éparpillée de par le monde puissent enfin évoquer leurs ancêtres. C’est un périple, une quête qui ne se fait pas sans dénoncer les maux dont souffre le Continent : l’oubli, la corruption, la spoliation, la violence. L’inaction de la Communauté Internationale, qui ne prend attention aux affaires du Continent que pour mieux veiller à ses intérêts.

C’est un roman où il ne faut pas craindre de se laisser emporter par la voix de l’auteur, de s’immerger dans ce tourbillon, où se mêlent boue et sang, mais aussi espérance. Où il ne faut pas craindre le Sankofa Cry.

– Sankofa ! Pour résider en nous-mêmes, mais aussi hors de nous, réconciliés avec nos peines. Sankofa! Pour nous délivrer de toute haine.

Une voix qu’il faut découvrir d’urgence. Je peux vous dire que, pour ma part, ce ne sera pas la dernière fois que je lirai cette auteur.

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Challenge We need diverse books #3 … et #4 !

Aujourd’hui, au diable l’avarice, j’ai décidé de vous présenter deux lectures pour l’édition hebdomadaire du challenge We Need Diverse Books (et oui, je ne suis pas arrivée à choisir entre les deux!)

On commence par…

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The Humans par Matt Haig

SFFF – Niveau avancé – existe en VF chez Hélium

4e de couv’

Our hero, Professor Andrew Martin, is dead before the book even begins. As it turns out, though, he wasn’t a very nice man–as the alien imposter who now occupies his body discovers. Sent to Earth to destroy evidence that Andrew had solved a major mathematical problem, the alien soon finds himself learning more about the professor, his family, and “the humans” than he ever expected. When he begins to fall for his own wife and son–who have no idea he’s not the real Andrew–the alien must choose between completing his mission and returning home or finding a new home right here on Earth

Thèmes principaux

L’humanité : qu’est-ce qui nous rend humain ? & sa diversité

Pourquoi avoir choisi ce roman ?

J’ai eu l’occasion d’entendre parler l’auteur lors d’un séjour à York et ce qu’il a dévoilé sur son parcours, aussi bien en tant que personne qu’en tant qu’écrivain, m’a donné envie de lire ce roman.

Mon avis

Qu’est-ce qui nous rend humain ?

Voilà une question qui est sans aucun doute le fil rouge de ce roman, puisque le personnage principal et narrateur ne l’est pas. Envoyé sur Terre pour prendre la place d’un professeur de maths un peu trop intelligent – il a résolu une énigme mathématique qu’il aurait mieux fait de laisser tranquille – notre ET se trouve confronté de plein fouet aux humains, des êtres qu’il considère comme horribles et inférieurs à lui et aux siens en tous points.

En attendant, le voilà obligé de prendre la place du professeur et de s’assurer que personne d’autre que lui ne connaît la résolution de l’énigme mathématique…

Vous me pardonnerez le jeu de mots – évident – si je vous dis que ce roman est un véritable OVNI. Au début, comédie so British – il y a des passages extrêmement savoureux concernant notre ET ! – l’auteur élargit bien vite son propos et c’est là à mon sens tout le génie de ce roman. Car notre ET s’humanise, s’ouvre aux autres et découvre que la vie sur Terre, même avec son manque de technologie et avec des êtres aussi énigmatiques que nous, vaut la peine d’être vécue.

Si j’ai choisi de parler de ce roman dans le cadre du challenge We Need Diverse Books, c’est parce qu’il englobe, avec beaucoup de justesse et sans aucun jugement, la diversité de ce que nous sommes. Nos points forts comme nos points faibles, tout le délicieux paradoxe de l’humanité, vouée au trépas, mais qui l’oublie si facilement. Il y a un côté thriller également, qui trouve sa résolution d’ailleurs, mais ce n’est pas là le plus important de ce bouquin, qui m’a fait rire comme il m’a ému. Je ne peux que vous encourager à le découvrir, sans aucune idée préconçue, pour la beauté des réponses – au pluriel – que nous livre Matt Haig quant à notre humanité.

Deuxième roman de la semaine, c’est le surprenant…

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A Hero at the End of the World par Erin Claiborne

SFFF – Niveau intermédiaire – pas de VF pour le moment

4e de couv’

Sixteen year-old Ewan Mao knows one thing for certain: according to prophecy, it’s his destiny to kill the evil tyrant whose dark reign has terrorized Britain. Although he’s just a normal boy, deep down Ewan is confident that he has exactly what it takes to be a hero. But when Ewan’s big moment comes, he freezes. His best friend, the clever and talented Oliver Abrams, defeats the villain for him, and Ewan’s bright future crumbles before his eyes.

Five years later, Oliver has a job as an Unusual in the government’s Serious Magical Crimes Agency, the life he and Ewan always dreamed of. But a routine investigation leads him and his partner, Sophie Stuart, to uncover a dangerous and powerful cult… one that seems to have drawn his former best friend into a plot to end the world.

Pourquoi avoir choisi ce livre ?

Si je vous dis The Book Smugglers, tout est dit, non ?

Mon avis

Il est impossible de lire ce roman sans penser à Harry Potter, autant pour les personnages que pour l’univers. L’auteur glisse d’ailleurs quelques références savoureuses dès le début! Pour autant, l’univers de ce roman possède ses propres caractéristiques et j’ai bien aimé les différentes sortes de magie développées tout au long de l’intrigue.

Ewan Mao a vu son destin de vainqueur lui filer entre les doigts et à 21 ans, il est retombé dans l’anonymat le plus complet. Du moins le croit-il jusqu’à ce que son chemin croise celui d’Archibald « Archie », séduisant gentleman, qui lui propose de se forger une nouvelle vie. Comment ? En l’aidant à vaincre un tyran en devenir, bien sûr!

Pendant ce temps, Oliver Abrams, ex-meilleur ami d’Ewan et agent des forces spéciales aux dents longues, enquête avec sa collègue Sophie sur une affaire d’homicide, qui pointe tout droit vers un mystérieux culte. Il est loin de deviner qu’il va recroiser la route d’Ewan.

On ne peut pas dire que j’ai été complètement séduite par ce livre et pourtant, il dispose de nombreux avantages : il se passe pour la majeure partie à Londres (oui, pour moi, c’est un bonus!); il contient une bonne dose d’humour britannique comme je l’aime; la diversité y est bien présente – enfin des héros qui échappent aux stéréotypes , ça change! – et les deux histoires d’amour développées, l’une hétéro, l’autre homo, sont juste adorables à mon sens (et pour une fois que je dis ça d’une romance, hein…)

Alors, me direz-vous, où ça a cloché ? Sans doute dans le développement de l’intrigue, qui est assez rocambolesque, en particulier la fin, et dans les interactions entre les personnages. Je n’ai vraiment accroché à ceux-ci que vers le milieu du roman, et grâce aux dialogues qui sont extras, sarcastiques et tendres en même temps. Une distance qui m’a un peu gâché le début du livre, même si somme toute, je l’ai beaucoup apprécié.

Point positif : j’ai aussi apprécié le point de vue de l’auteur sur la figure d’élu qu’on nous présente si souvent dans la littérature de l’imaginaire, et ce qui arrive quand le héros échoue à accomplir sa destinée.

C’est tout pour cette semaine! Comme d’habitude, si vous avez des recommandations, etc, je suis toute ouïe!

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Challenge We need diverse books #2 : Les trois soeurs et le dictateur d’Elise Fontenaille

Deuxième rendez-vous pour ce challenge livresque! Au rendez-vous cette semaine : une histoire dont j’ignorais tout et qui a pourtant donné naissance à la Journée Mondiale de Lutte contre la violence faite aux femmes.

Accrochez votre ceinture, nous partons dans les Caraïbes…

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Les trois soeurs et le dictateur d’Elise Fontenaille

Editions du Rouergue

4e de couv’

Mina, une adolescente californienne part pour la première fois en République Dominicaine, le pays natal de son père. La-bàs, son cousin Antonio lui fait rencontrer Abela, une veille dame. Celle-ci entreprend alors de lui raconter le destin tragique de sa grand-mère Minerva et de ses deux soeurs, qui ont tenu tête au dictateur Trujillo à l’époque…

Thèmes principaux

Résistance politique – Droits des femmes – Racisme

Pourquoi avoir choisi ce roman ?

Je l’avais acheté à la Fnac, il y a un bout de temps, intriguée par le 4e de couv’. Ce challenge était l’occasion rêvée d’enfin le découvrir!

Mon avis

Ce roman relate avant tout l’histoire des soeurs Mirabal : 3 soeurs nées dans une famille aisée en République Dominicaine dans les années 20. Une des soeurs, appelée Minerva et réputée pour sa beauté, est remarquée – malheureusement pour elle – par le dictateur en place sur l’île, Rafael Trujillo. Friand de jeunes filles, Trujillo multiplie les invitations, mais Minerva lui tient tête. Résiste. Et avec elle, toute sa famille, qui en paiera les conséquences. Dès lors, les trois soeurs Mirabal, Minerva, Patria et Maria Teresa entrent en résistance, assistant à des réunions clandestines, passant des tracts sous le manteau. Des gestes qui peuvent nous sembler anodins, mais qui, sous un régime qui massacra une dizaine de milliers d’Haïtiens au moins – le massacre du Persil – valaient la prison et de torture. Une prison que les trois soeurs connurent d’ailleurs, avant d’être relâchées, pour finalement trouver la mort lors d’une embuscade dans les montagnes de l’île le 25 novembre 1960.

Ce que j’ai aimé dans le récit d’Elise Fontenaille, c’est d’abord le fait d’avoir restitué cette histoire fidèlement, sur un ton juste, sans en faire de trop; ensuite, c’est d’avoir marié les deux histoires de Minerva et Mina, cette petite-fille qui débarque à la République Dominicaine sans rien savoir de l’histoire des Mariposas – les papillons en espagnol, et qui désignent les trois soeurs. Soyons clairs cependant : l’histoire de Mina sert surtout de cadre pour relater le destin des soeurs Mirabal. De Mina, on ne sait finalement pas grand’chose, le personnage n’a pas beaucoup d’aspérités, et même si son intrigue comporte des détails touchants – sa correspondance avec son amie d’enfance, Eliza, qui elle est originaire d’Haïti, l’occasion d’évoquer la division politique de l’île – sa voix sert surtout à mener le lecteur à la découverte des Mariposas. Dès que leur histoire est finie – le roman est mince, il ne compte que soixante-dix pages – celle de Mina cesse aussitôt. Une absence qui me laisse un goût de trop peu.

Autre détail touchant dans ce roman, c’est un autre point où se rejoignent réel et fiction, c’est l’apparition dans le roman de la quatrième soeur Mirabal, la survivante car trop jeune à l’époque pour s’être engagée dans la résistance.

Belgica Adela Mirabal Fernandez

Un bel hommage à « Dona Dede », décédée l’année dernière.

En conclusion, ce roman est une belle introduction au destin de trois femmes dont l’histoire semble encore largement méconnue de nos jours. Il m’aura aussi donné envie de lire deux romans qui traitent de cette époque,

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La fête au bouc, de Mario Vargas Llosa

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Et Au temps des papillons de Julia Alvarez

Je termine cet article par un petit appel : en effet, si vous avez des recommandations pour ce challenge, des idées de titre, etc… n’hésitez pas à m’en faire part en commentaire 😉 et faites passer le mot. Je ne vous promets pas de les lire tous, mais je suis en tout cas très curieuse d’élargir mon horizon en matière de diversité!

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Challenge « We need diverse books » #1 : Lies We Tell Ourselves par Robin Talley

Je vous en parlais dans cet article, j’ai donc décidé de me lancer dans un challenge livresque cette année. Un challenge qui me tient à coeur, puisqu’il s’agit de parler de la diversité de tous bords (couleur, sexe, religion, etc) dans les romans.  Je suis donc très contente d’inaugurer ce rendez-vous du samedi par un roman qui m’a beaucoup touchée, d’autant plus en regard de l’actualité de ces derniers jours.

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Il s’agit donc du roman Lies We tell ourselves de Robin Talley.

VO – Niveau accessible – YA historique.

4e de couv’

1959 Virginia. The lives of two girls on opposite sides of the battle for civil rights will be changed forever.

Sarah Dunbar is one of the first black students to attend the previously all-white Jefferson High School. An honors student at her old school, she is put into remedial classes, spit on and tormented daily.

Linda Hairston is the daughter of one of the town’s most vocal opponents of school integration. She has been taught all her life that the races should be kept “separate but equal.”

Forced to work together on a school project, Sarah and Linda must confront harsh truths about race, power and how they really feel about one another.

Thèmes principaux

LGBT – Racisme – Lutte pour les droits civils

Pourquoi avoir choisi ce roman ?

L’amitié entre deux élèves, l’une noire, l’autre blanche, au moment de la lutte pour les droits civils dans les années cinquante – soixante aux Etats-Unis était un thème que j’avais déjà abordé dans mes lectures, notamment par le roman Sweet Sixteen d’Annelise Heurtier. C’est un thème qui m’intéresse et le côté LGBT (Lesbiennes, Gays, Bisexuels et Transsexuels pour ceux qui ne connaissent pas l’acronyme) m’a beaucoup intrigué. Comment développer une histoire d’amour entre deux êtres que tout oppose ?

Mon avis

Avant toute chose, je dois dire que l’auteur a remporté haut la main ce défi. Le côté romance entre les deux héroïnes est doux & tendre, évoqué mais sans se focaliser dessus. Certains trouveront peut-être que ce côté aurait pu être davantage développé. Personnellement, je n’ai pas ressenti de manque à ce niveau.

C’est un roman avant tout sur l’engagement politique et le sacrifice que nous sommes prêts à faire pour une cause qui, souvent, nous dépasse. L’histoire s’ouvre sur le point de vue de Sarah, qui en même temps que sa petite soeur, s’apprête à entamer sa dernière année dans le lycée de Jefferson. Nous sommes en février, les écoles ont été fermées jusqu’à ce moment, car le gouverneur s’est opposé à la décision de la Cour Suprême, qui autorise, après plusieurs années de recours et d’appels, les étudiants noirs à fréquenter les mêmes établissements que les étudiants blancs.

Quand les premiers étudiants noirs entrent à Jefferson, c’est l’enfer qui les attend. Un enfer vu par les yeux de Sarah, qui, jour après jour, respecte les consignes données, à savoir ne pas réagir aux insultes, crachats, manoeuvres d’intimidation, agressions physiques, etc. Garder la tête haute. Travailler du mieux possible. Et c’est quelque chose qui vous retourne le coeur, quand vous assistez à ce type d’agressions du point de vue de Sarah. C’est d’autant plus terrifiant quand ces évènements se sont passées il y a seulement 50 ans.

L’autre point de vue est celui de Linda: en apparence, l’étudiante privilégiée par excellence. Elle est la fille du rédacteur en chef du journal local, clairement favorable à la ségrégation et qui craint que la fin de celle-ci n’entraîne la fin de son mode de vie, tel que Davisburg (une bourgade imaginaire) la connaît, un point de vue que la jeune fille partage sans réserve. Elle est fiancée, coule des jours heureux en attendant le mariage, bref tout va bien. Mais en vérité, pas si bien que ça. Car le père est un tyran, qui a cessé depuis longtemps de s’intéresser à ses proches, et est obsédé par cette question de la ségrégation. Linda rêve d’être ailleurs, de pouvoir s’évader de cette demeure au climat étouffant.

La rencontre entre Sarah et Linda va connaître un tournant décisif quand les deux jeunes filles doivent travailler ensemble sur un devoir de français.

J’ai adhéré aux deux points de vue et, pour faire la comparaison avec le roman d’Annelise Heurtier dont je parlais plus haut, je pense que la réflexion sur le climat politique et social de cette époque est plus poussé dans Lies We Tell Ourselves. Autant Sarah que Linda sont confrontées aux questions suivantes: mes opinions m’appartiennent-elles réellement ou ont-elles été dictées par mon entourage ? Est-ce que je crois réellement à ce que je dis ? Est-ce que je cautionne totalement la manière dont j’agis ? Et surtout, ce que j’incarne comme opinion politique, comme lutte pour mes droits n’entre-t-elle pas en opposition avec mon bien-être personnel ?

Les personnages des deux jeunes filles ne peuvent pas laisser insensibles, pas plus d’ailleurs que certains personnages secondaires, comme Ruthie, la petite soeur de Sarah, Chuck, un autre adolescent noir ou Judy, la meilleure amie de Sarah. Chacun représente la diversité des opinions en cours à cette époque, un aspect essentiel du roman qui, au-delà des deux camps opposés, ne tombe jamais dans le manichéisme ou la simplification. Au contraire et j’ai d’ailleurs beaucoup aimé l’évolution de Sarah & Linda sur ce plan. La manière dont elles grandissent, chacune à leur manière, est douloureuse, déchirante, mais en même temps tellement courageuse qu’elle ne pouvait que m’émouvoir.

La manière dont elles communiquent peu à peu ensemble, leurs débats enflammés quand elles se trouvent en présence l’une de l’autre, l’évolution de leurs sentiments, leurs interactions avec leurs familles & amis, tout ceci est merveilleusement développé dans Lies We Tell Ourselves Même si cette époque ne vous intéresse pas de prime abord, je vous conseille de vous lancer dans ce roman, ne serait-ce que pour la richesse du portrait qui y est décrit et les personnages authentiques, vrais et très émouvants.

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Challenge livresque 2015 – We need diverse books

Si vous avez suivi mon actualité livresque en 2014, vous avez pu constater que je ne suis pas adepte des challenges. Il y a une raison bien simple, c’est que j’échoue systématiquement dès qu’une « contrainte », aussi légère soit-elle, m’est posée dans mes lectures. A croire que mon éclectisme est mon trait dominant quand il s’agit de choisir celles-ci!

Pourtant, cette année, j’ai décidé de me lancer dans un challenge livresque. Et ce dernier est d’autant plus cher à mon coeur car, depuis des semaines, voire des mois, j’y adhère dans mes choix de lecture. Aussi, quand ce challenge a été lancé en début d’année par le site « We need diverse books« , je n’ai pas hésité et je me suis mise sur les rangs!

Ce challenge, c’est tout simplement de lire des livres mettant en scène la diversité. Et vous le savez, depuis cet article, c’est une valeur non seulement dans laquelle je me retrouve, mais que j’aime défendre, que ce soit dans mes lectures ou mes écrits.

J’ai donc décidé de lire au moins 25 bouquins reflétant cette diversité, même si je compte bien en dévorer davantage !

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Dans ce cadre, chaque samedi, je mettrai un livre en valeur.

Parce qu’à mon humble échelle, moi aussi, je veux que les mentalités changent. Que les choses bougent. Et parce que nous avons tous besoin de cette diversité; parce que l’horrifiante actualité de ces derniers jours m’a encore renforcé dans cette conviction (si j’en avais besoin); parce qu’il est enfin important de dire, répéter et partager ces mots: Respect. Tolérance. Découverte. Liberté.

 

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