[Chronique] The Serpent King – Jeff Zentner

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4e de couv’

Dill has had to wrestle with vipers his whole life—at home, as the only son of a Pentecostal minister who urges him to handle poisonous rattlesnakes, and at school, where he faces down bullies who target him for his father’s extreme faith and very public fall from grace.

He and his fellow outcast friends must try to make it through their senior year of high school without letting the small-town culture destroy their creative spirits and sense of self. Graduation will lead to new beginnings for Lydia, whose edgy fashion blog is her ticket out of their rural Tennessee town. And Travis is content where he is thanks to his obsession with an epic book series and the fangirl turning his reality into real-life fantasy.

Their diverging paths could mean the end of their friendship. But not before Dill confronts his dark legacy to attempt to find a way into the light of a future worth living.

Mon avis

Vous connaissez la sensation d’être pris aux tripes dès que vous ouvrez un roman ?

Comme si les personnages semblaient de chair et d’os tant ils vous semblent vrais ?

Et avant même que vous ne vous en rendiez compte, vous êtes déjà à un tiers du bouquin sans même avoir vu les pages défiler ?

Voilà, c’est l’effet que ce roman a eu sur moi.

The Serpent King, je l’ai pris un peu hasard lors de ma dernière razzia en ebooks. J’en avais entendu pas mal parler, surtout en bien, et le 4e de couv’ m’intriguait. La couverture, enfin, constituait un gros bonus avec son design tout à fait adéquat.

Contrairement à ce que le titre pourrait laisser penser, aucune trace de fantastique ou de fantasy dans ce roman. Du 100% réaliste situé à Forrestville, petite bourgade dans le Tennessee, sud des Etats-Unis. On suit trois ados, trois points de vue totalement différents entre Dill, le fils du Serpent King alias un pasteur qui s’est retrouvé en prison; Lydia, bloggueuse à succès et qui a hâte de faire ses débuts à l’université de NY; Travis, à moitié immergé dans l’univers de sa saga fantasy préférée pour mieux oublier ce qu’il se passe à sa maison.

Trois amis, qui s’apprêtent à entrer dans leur dernière année de lycée, chacun redoutant et espérant en même temps un autre horizon, une autre vie.

Premier roman de Jeff Zentner, The Serpent King m’a totalement fasciné (ah ah) dès le départ. Sa grande force, ce sont les personnages – extrêmement bien construits, extrêmement bien développés. J’ai ressenti d’emblée l’amitié qui les unissait tous les trois, ces liens qui les isolent d’un monde où ils ont beaucoup de mal à trouver leur place – Dill, avec la réputation de son père qui lui colle aux basques et cette culpabilité dont il ne parvient pas à se défaire; Travis et son amour pour la saga fantasy Bloodland, sous la coupe d’un père odieux et brutal; Lydia, esprit en constante ébullition, tiraillée entre son désir de quitter cette bourgade qui ne l’accepte pas et le regret de laisser ses amis derrière elle.

Nous trois contre le monde pourrait être un titre alternatif pour ce roman et c’est un sentiment qui ressort de chacune des phrases de ce bouquin. Personnellement, je me suis énormément attachée à chacun des trois points de vue, chacun me parlant d’une manière différente, me touchant par ses faiblesses, ses espoirs, ses démons. Et il en est question de démons, que ce soit dans les relations familiales, dans l’héritage légué par les générations précédentes ou encore dans l’ambition qui peut tout dévorer sur son passage.

J’ai aimé le fait que chacun des personnages confronte les autres à un moment donné, qu’ils n’aient pas peur de remettre en cause leur amitié, de la questionner, d’évoluer aussi et de faire évoluer les autres. J’ai adoré le fait qu’on parle d’harcèlement scolaire sans qu’on ait les scènes devenues quasi obligatoires d’humiliation générale, que ce soit dans les couloirs ou à la cafétéria du lycée, que la romance puisse se développer sans devenir guimauve ou omniprésente, étouffant par là les thèmes essentiels de ce roman.

The Serpent King n’est pas un roman qui vous épargne. La malédiction qui veut que je me retrouve à pleurer (en général dans un train) a encore frappé ! En même temps, si elle me fait découvrir de telles pépites, c’est une belle compensation. C’est un roman qui vaut la peine d’être découvert, qui m’a fait rire, verser des larmes, qui m’a touché et énormément ému.

C’est une très belle histoire d’amitié, de vie et définitivement, un gros coup de coeur 2016 !

Coffee Book Tag !

Il y a quelque temps, ma chère Bettie Rose Books m’a parlé de ce tag et comme elle connaît mon addiction à ce précieux breuvage – « Jamais de bonne matinée sans d’abord mon café », c’est mon slogan ! – elle a tout de suite pensé à moi.

Allons-y donc pour ce tag très intéressant, que je reprendrai peut-être en vidéo d’ailleurs !

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1. Black: Name a series that’s tough to get into but has hardcore fans.
(Noir : Nomme une série dans laquelle il est difficile d’entrer, mais qui a d’inconditionnels fans.)

Pour ma part, c’aura été la série de la « Roue du Temps » de Robert Jordan, qui depuis lors a été reprise par Brandon Sanderson, si je ne dis pas de bêtises !

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Je m’en souviens comme de l’heroic fantasy classique (et ce n’est en aucun cas péjoratif, simplement le premier tome utilise des ressorts scénaristiques qui sont depuis lors devenus très courants dans ce genre), avec un rythme parfois très lent et des personnages auxquels je n’ai pas spécialement réussi à accrocher. Néanmoins, les divers systèmes de magie étaient assez bien représentés – je me souviens en particulier des Aes Sedai – mais l’intrigue générale ne m’aura pas intéressé suffisamment pour que je poursuive l’aventure.

2. Peppermint mocha: Name a book that gets more popular during the winter or a festive time of year.
(Moka à la Menthe poivrée : Nomme un livre qui voit sa popularité augmenter en hiver ou dans une période festive de l’année.)

La question à laquelle je ne vais pas être fichue de répondre, parce que tout simplement, je me fiche bien de la saison lors de laquelle je lis un roman. Qu’il décrive un blizzard en Arctique ou qu’il se situe dans un climat tropical, peu importe le temps dehors – de toute manière, j’habite en Belgique, c’est tout dire ! – j’y prête une attention égale.

Ajoutez à ça que je ne suis absolument pas une fan des fêtes de fin d’année (je sais, je sais, mais que voulez-vous, c’est ainsi ^^) et vous comprenez mieux ma complète inaptitude à répondre à cette question.

Mais parce que je ne peux quand même pas m’empêcher de citer un bouquin, je vais donc dire le premier tome d’Harry Potter, car je garde l’image des Noëls d’Hogwarts en tête.

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3. Hot chocolate: What is your favorite children’s book?
(Chocolat Chaud : Quel est ton livre pour enfant préféré?)

J’ai grandi avec la série des Petites Filles Modèles et autres oeuvres de la Comtesse de Ségur. Néanmoins, le roman que je vais citer n’est pas à proprement parler un bouquin pour enfants, mais c’est celui qui m’a beaucoup marquée dans ma jeunesse (ahum !), à savoir les Trois Mousquetaires d’Alexandre Dumas; Les complots, les batailles, les amours contrariées et surtout l’amitié entre les jeunes gens… What’s not to love, I ask you ?

Themusketeers

Et en version moderne, voilà ce que ça peut donner !

4. Double shot of espresso: Name a book that kept you on the edge of your seat from start to finish.
(Double espresso : Nomme un livre qui t’a tenu en haleine du début à la fin.)

Ou l’occasion rêvée de vous parler d’un de mes chouchous toutes catégories, un roman qui m’a complètement retourné le cerveau, qui m’aura donné plus que chaud (je vous défie de lire certaines scènes de ce bouquin sans sentir une brusque hausse de la température) et qui m’aura glacé les tripes en même temps. Je parlais de Dumas plus haut, voici le récit d’une vengeance à la Monte Cristo sanglante, parfaitement exécutée, avec une narratrice complètement amorale et que j’ai pourtant adorée.

Si vous ne l’avez pas encore lu… Mais BORDEL qu’attendez-vous ?????

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Black Iris de Leah Raeder (qui va désormais publier sous le nom d’Elliot Wake). Retrouvez ma chronique en entier ici.

5. Starbucks: Name a book you see everywhere.
(Starbucks : Nomme un livre que tu vois partout.)

Je vais choisir un bouquin qui m’a d’emblée intrigué par son titre. Quand je me suis enfin décidée à lire le quatrième de couv’, je me suis dit que là, définitivement, je me dois de le lire ! J’ai donc choisi :

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Tell the Wolves I’m Home de Carol Rifka Brunt (et pour votre info, il est dispo en VP & en poche. Ne me remerciez pas, c’est tout naturel !)

6. That hipster coffee shop: Give a book by an indie author a shoutout.
(Ce café hipster : Donne un coup de pouce à un livre d’auteur indie.)

Je vais choisir une maison d’édition, qui a depuis lors fermé ses portes (malheureusement), avec un roman court, un roman coup de poing, qui m’avait fait pleurer à chaudes larmes (dans le train. Again.) quand je l’avais lu, j’ai nommé la maison Griffe d’Encre et le roman d’Isabelle Guso, Présumé Coupable.

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7. Oops! I accidentally got decaf: Name a book you were expecting more from.
(Oups! J’ai accidentellement pris un déca : Nomme un livre dont tu attendais plus.)

Je sens que je vais me faire des ami-e-s sur ce coup-là, mais tant pis :

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Et oui, j’attendais beaucoup de ce Fangirl, qui, au final, m’a laissé avec une impression de « tout ça pour ça… ». L’ensemble m’a paru hyper longuet, l’héroïne principale m’a ennuyée à plusieurs reprises, j’ai détesté ce que l’auteur a réservé à sa soeur jumelle (un des rares persos dignes d’intérêt). Quant aux passages de fanfic… Seriously, l’auteur avait-elle déjà lu du yaoi ? Parce que j’en lis et je peux dire que les passages de fanfic ne m’ont pas convaincue du tout.

Donc échec pour moi.

8. The perfect blend: Name a book or series that was both bitter and sweet but ultimately satisfying.
(Le mélange parfait : Nomme un livre ou une série qui était à la fois douce, amère et finalement complètement satisfaisante.)

Avec un tel résumé, comment vous parler d’un autre bouquin que le fantastique, splendide, absolument nécessaire, magnifiquement écrit Americanah de Chimamanda Ngozi Adichie ?

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Sérieusement, c’est impossible ! Et si vous ne l’avez pas encore lu, précipitez-vous sur ma chronique ici ! 

Voilà pour ce TAG ! Je vous laisse libre de le reprendre 🙂 Encore un grand merci à ma chère Bettie Rose Books pour avoir pensé  à moi 🙂

Chroniques LGBTQIA+

… Ze retour !

On voit que ce printemps a été particulièrement occupé pour ma pomme, et que, par conséquent, le blog en a un peu souffert… C’est donc parti pour un petit tour d’horizon de ce que j’ai pu lire ces derniers mois à ce sujet !

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Symptoms of being Human de Jeff Garvin

The first thing you’re going to want to know about me is: Am I a boy, or am I a girl?

Riley Cavanaugh is many things: Punk rock. Snarky. Rebellious. And gender fluid. Some days Riley identifies as a boy, and others as a girl. The thing is…Riley isn’t exactly out yet. And between starting a new school and having a congressman father running for reelection in uber-conservative Orange County, the pressure—media and otherwise—is building up in Riley’s so-called “normal” life.

On the advice of a therapist, Riley starts an anonymous blog to vent those pent-up feelings and tell the truth of what it’s REALLY like to be a gender fluid teenager. But just as Riley’s starting to settle in at school—even developing feelings for a mysterious outcast—the blog goes viral, and an unnamed commenter discovers Riley’s real identity, threatening exposure. Riley must make a choice: walk away from what the blog has created—a lifeline, new friends, a cause to believe in—or stand up, come out, and risk everything.

Mon avis

J’ai beaucoup aimé ce roman, on peut même dire que ça a été un gros coup de coeur.

Comme le dit si bien le 4e de couv’, on ne saura jamais si Riley est un garçon ou une fille. Et je peux vous dire qu’après quelques pages, ce n’est plus une question importante. D’abord et surtout parce que Riley s’identifie comme genderfluid, à savoir quelqu’un qui peut s’identifier en tant qu’homme ou femme. Une identité qui n’est en aucun cas fixe, qui peut d’ailleurs varier selon la personne. C’est un processus qui est extrêmement bien décrit dans le roman, où l’on suit les pensées de Riley et ses difficultés non seulement à s’accepter tel qu’il/elle est, mais aussi à communiquer ses émotions à son entourage.

Comme je le disais dans ma revue Goodreads, c’est aussi un roman qui traite très bien des thèmes adolescents, sans pour autant tomber dans les clichés/lieux communs que l’on peut trouver dans le YA. C’est un bouquin qui a réouvert des cicatrices chez moi, des blessures que je pensais endormies, à tout le moins cautérisées, mais dont ce n’était pas vraiment le cas.
La solitude quand on est ado/jeune adulte, le sentiment d’être incompris, ces regards que l’on doit subir parce qu’on est différent…. Je ne pourrai jamais prétendre savoir ce que le personnage de Riley subit et surtout, ce que tous les jeunes s’identifiant comme « genderfluid » vivent au quotidien.
Ca ne m’a pas empêché de ressentir énormément d’empathie pour ce personnage.
C’est un splendide roman, un début qui m’a laissée le coeur serré et surtout, reconnaissante qu’un tel bouquin existe.
J’aurais aimé le lire quand j’étais ado. Je me serais sentie moins seule, moins isolée, moins vulnérable sans doute.
Pour l’heure, je ne peux que vous encourager vivement à le découvrir. C’est un bouquin qui ouvre les yeux, qui nous donne envie de voir au-delà de notre vision binaire des choses, car non, cela ne concerne pas que des minorités. Non, cela ne concerne pas que la sexualité ou la quête d’identité.
Non, la question n’a jamais été de voir ce que le perso avait ou non dans le pantalon.
La question, c’est de remodeler notre vision des gens, notre vision du monde, d’ouvrir les yeux, et surtout, de respecter l’autre.
Respecter l’autre, aller au-delà des préjugés et des clichés, s’ouvrir à d’autres points de vue.
Et si ce n’est pas là l’enjeu de la littérature, je ne sais pas ce que c’est.

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None of the Above par I.W. Gregorio

A groundbreaking story about a teenage girl who discovers she was born intersex… and what happens when her secret is revealed to the entire school. Incredibly compelling and sensitively told, None of the Above is a thought-provoking novel that explores what it means to be a boy, a girl, or something in between.

What if everything you knew about yourself changed in an instant?

When Kristin Lattimer is voted homecoming queen, it seems like another piece of her ideal life has fallen into place. She’s a champion hurdler with a full scholarship to college and she’s madly in love with her boyfriend. In fact, she’s decided that she’s ready to take things to the next level with him.

But Kristin’s first time isn’t the perfect moment she’s planned—something is very wrong. A visit to the doctor reveals the truth: Kristin is intersex, which means that though she outwardly looks like a girl, she has male chromosomes, not to mention boy « parts. »

Dealing with her body is difficult enough, but when her diagnosis is leaked to the whole school, Kristin’s entire identity is thrown into question. As her world unravels, can she come to terms with her new self?

Mon avis

Un bouquin qui a fait pas mal de bruit lors de sa sortie, notamment parce qu’il aborde le sujet des personnes intersexuées, à savoir des personnes, qui, à la naissance, présentent des caractéristiques biologiques appartenant à l’autre sexe (du moins, c’est le cas présenté dans ce roman. Je vous invite à regarder ce reportage pour obtenir une définition générale de l’intersexuation)

Dans le cas qui nous occupe donc, Kristin, jeune fille populaire, qui vient d’être élue Homecoming Queen par son lycée, découvre lors d’une visite chez son gynéco qu’elle a donc des caractéristiques intersexe. Naturellement, ça remet pas mal de choses en question chez elle, à commencer par sa relation avec son père, ses meilleures amies ou encore son petit ami.

J’aurais vraiment aimé apprécier ce roman davantage. Si l’auteur se débrouille réellement très bien, du moins à mes yeux, pour nous expliquer ce qu’est donc l’intersexuation et évoquer le parcours des personnes qui sont intersexuées, en revanche, sur l’intrigue et le style, je suis restée sur ma faim. Kristin ne m’a pas paru spécialement attachante et le twist de la fin, que j’ai senti venir à des kilomètres, m’a un peu gâché le plaisir de la lecture.

Je suivrai néanmoins avec attention ce que cette auteur va nous proposer par la suite !

Et je vais clôturer ce petit tour d’horizon avec un roman qui m’aura vraiment marquée, j’ai nommé…

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Faggots de Larry Kramer

Larry Kramer’s Faggots has been in print since its original publication in 1978 and has become one of the best-selling novels about gay life ever written. The book is a fierce satire of the gay ghetto and a touching story of one man’s desperate search for love there, and reading it today is a fascinating look at how much, and how little, has changed.

Mon avis

Rarement un bouquin ne m’aura autant posé de défis !

D’abord, un avertissement – contrairement aux romans que j’ai déjà pu présenter, Faggots n’est vraiment pas pour tout public. C’est une lecture qui doit être réservée pour un public averti (et oui, je pèse mes mots), notamment pour le contenu de certaines scènes. Vous êtes prévenu-e-s !

De quoi traite Faggots ? (Et je vous prie de ne pas répéter ce terme en-dehors du cadre de ce roman). D’abord, je commencerai par son auteur, Larry Kramer, que je ne connaissais pas avant que quelqu’un en parle sur Twitter et qui est une figure majeure dans la lutte pour les droits LGBTQIA+ ainsi que dans la prévention relative au sida. Je vous laisse le lien Wiki si vous désirez en savoir davantage sur l’homme en question.

Dès le départ, Faggots est terriblement difficile d’accès. Autant ne pas se voiler la face – vous avez une pléthore de personnages, l’auteur passe de l’un à l’autre, parfois en très peu de temps. Le style passe sans transition d’un ton descriptif à un récit très oral, dans le sens où l’on plonge sans prévenir dans les pensées des personnages. Enfin, il n’y a pas de réelle intrigue à ce roman : si vous vous attendez à des retournements haletants, passez votre chemin ! Ce roman est clairement une chronique très satirique de la scène homosexuelle du New York pré-apparition du Sida.

Ajoutez à ça la plume trempée dans l’acide de l’auteur, un style qui n’épargne personne, c’est corrosif, c’est extrêmement trash (quand je vous disais que ce roman n’est pas à mettre dans toutes les mains !!), bref ça n’offre clairement pas une vue optimiste de l’humanité, loin de là.

Vous allez me dire : « Mais pourquoi avoir continué ce brûlot ? »

En fait – et c’est là le génie de l’auteur, là aussi, je pèse mes mots – c’est que Kramer, tout en ne se départissant pas de son cynisme à toute épreuve, parvient, via le prisme d’un personnage, qui, je le pense, lui ressemble beaucoup, à laisser percer toute sa sensibilité, toute sa vulnérabilité également et, par ricochet, la vulnérabilité de ceux qui l’entourent. Il expose avec brio la double facette du monde qu’il côtoie : d’un côté, un monde secret, où ceux qui l’entourent ne peuvent pleinement vivre que dans certains lieux (boîtes de nuit, Fire Island, etc), de l’autre, un côté très exubérant, flashy, très factice aussi, où l’on sent, sous les paillettes, le désir de s’assumer au grand jour. C’est vraiment un paradoxe qui est intéressant à suivre tout au long du roman.

Ce roman, c’est aussi une quête d’identité, d’amour également (surtout via le regard de Fred). J’irais même jusqu’à dire qu’on sent l’appel à l’aide, tout au long de ces pages, une chronique douce-amère, une réflexion « Ne vaut-on pas mieux que ça? » Ce n’est vraiment qu’à la toute fin qu’on sent un peu de sérénité revenir dans le récit.
C’est extrêmement corrosif et en même temps, très émouvant. Un mélange des plus détonnants pour ce roman, qui est le reflet d’une certaine époque.

Et voilou pour ces chroniques ! Comme d’habitude, si vous avez des titres à me recommander, je suis toute ouïe !

Chroniques LGBT – 4

Et cette fois-ci pour une édition 100% féminine ! J’aurais aimé vous la poster demain, pour la Journée des Droits des Femmes mais au vu des bouleversements de mon agenda perso, vous l’aurez donc aujourd’hui.

Commençons donc par une auteur qui, avec un seul roman, est définitivement entrée dans mon panthéon personnel. Inutile de vous dire que j’attendais énormément de son deuxième opus ! Je veux bien sûr parler de …

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Cam Girl de Leah Raeder

4e de couv’

Vada Bergen is broke, the black sheep of her family, and moving a thousand miles away from home for grad school, but she’s got the two things she loves most: her art and her best friend-and sometimes more-Ellis Carraway. Ellis and Vada have a friendship so consuming it’s hard to tell where one girl ends and the other begins. It’s intense. It’s a little co-dependent. And nothing can tear them apart.
Until an accident on an icy winter road changes everything. Vada is left deeply scarred, both emotionally and physically. Her once-promising art career is cut short. And Ellis pulls away, unwilling to talk about that night. Everything Vada loved is gone. She’s got nothing left to lose.
So when she meets some smooth-talking entrepreneurs who offer to set her up as a cam girl, she can’t say no. All Vada has to do is spend a couple hours each night stripping on webcam, and the « tips » come pouring in. It’s just a kinky escape from reality until a client gets serious. « Blue » is mysterious, alluring, and more interested in Vada’s life than her body. Online, they chat intimately. Blue helps her heal. And he pays well, but he wants her all to himself. No more cam shows. It’s an easy decision: she’s starting to fall for him. But the steamier it gets, the more she craves the real man behind the keyboard. So Vada pops the question: Can we meet IRL? Blue agrees, on one condition. A condition that will bring back a ghost from her past. Now Vada must confront what she’s been running from. A past full of devastating secrets-those of others and those she’s been keeping from herself…

Mon avis

Si vous suivez ce blog, vous savez que j’ai eu un immense, gigantesque, méga coup de coeur pour Black Iris de cette même auteur. Un roman qui vous retourne le cerveau, enflamme vos sens et vous laisse complètement à bout de souffle ! J’annonce la couleur d’emblée – Cam Girl n’a pas détrôné Black Iris pour moi. Est-ce pour autant une déception ? Certainement pas ! Au contraire : il aura cimenté encore davantage mon admiration devant l’audace de Leah Raeder, de son style ciselé et percutant, de sa manière de construire les intrigues et surtout, de bâtir des histoires d’amour & d’amitié de manière réaliste, sensible et juste. Pour ceux & celles qui n’ont pas spécialement accroché à la noirceur de Black Iris, je vous conseille de (re)tenter votre chance avec Cam Girl – plus lumineux et à la narration plus linéaire.

Vada et Ellis sont meilleures amies. Elles sont aussi amantes – si Ellis est prête à l’assumer en public, ce n’est cependant pas le cas de Vada; Peur de s’engager, de transformer leur relation en quelque chose de totalement différent et après laquelle elle ne pourrait pas revenir en arrière…

Vada et Ellis sont au point de rupture. Et puis arrive l’accident. Celui dont elles ressortent toutes les deux vivantes, contrairement à l’autre conducteur; celui qui bouleverse Vada d’un point de vue physique et psychique; celui qui conduit les deux amantes à une séparation brutale et nette. Seule, amère et complètement perdue, la jeune femme rencontre un couple d’entrepreneurs audacieux, qui lui fait une proposition alléchante – devenir une « Cam Girl ». Vada s’y jette à corps perdu, et ne tarde pas à faire la connaissance de Blue. Un homme qui lui redonne goût à la vie, confiance en elle-même; Un homme qui la veut pour lui seul. Vada va devoir faire un choix, qui s’annonce d’autant plus cornélien qu’Ellis débarque de nouveau dans sa vie…

Vous pensez connaître, d’après ce que je vous donne comme éléments, la suite de l’histoire ? Détrompez-vous ! Car l’auteur n’a pas son pareil pour nous emmener là où on ne l’attend pas. Entre dénouements complètement haletants et des retournements de situation, je suis restée scotchée à Cam Girl. L’autre point fort de ce roman, c’est le portrait de ces hommes et femmes qui vivent de leur corps, en l’offrant à la vue des spectateurs anonymes. Un monde auquel je doutais d’adhérer, en raison de mes sensibilités personnelles, et pourtant, l’auteur est parvenue à m’immerger complètement dans le quotidien de Vada. On comprend le chemin de la jeune femme, le plaisir qu’elle tire par rapport à la caméra ainsi que les dangers de cette profession. J’applaudis de tout coeur l’auteur de nous dresser un portrait qui sonne vrai, loin des clichés & stéréotypes.

Enfin, last but not least, l’auteur met au coeur de son roman des thèmes qui restent trop peu abordés : la transsexualité, le fait que notre sexualité ne se décline pas en rose ou en bleu, mais bien en une palette aussi riche que variée, la quête d’identité, la difficulté de faire son coming-out ou tout simplement, de dire ce qu’on est et ce qu’on n’est pas. J’ai aussi adoré le fait qu’elle dépeigne la vie au quotidien de quelqu’un qui souffre d’un handicap et que celui-ci n’est pas immédiatement visible. A ce sujet, je vous renvoie au témoignage de ma chère Agnès Marot sur son blog. Un récit essentiel.

En conclusion, vous ne pouvez pas passer à côté de la plume sulfureuse, tendre, parfois cynique, souvent écorchée vive de Leah Raeder. Une auteur absolument à découvrir et qui ne cesse jamais de m’étonner et d’élargir ma vision du monde. Et n’est-ce pas là un des plus beaux cadeaux que peut nous offrir la littérature ? 😉

Le deuxième roman est également un giga coup de coeur, un récit qui m’a complètement surpris, dans le sens où je ne m’attendais pas à être autant touchée par ce roman. Il s’agit de…

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If You Could Be Mine, par Sara Farizan

4e de couv’

Seventeen-year-old Sahar has been in love with her best friend, Nasrin, since they were six. They’ve shared stolen kisses and romantic promises. But Iran is a dangerous place for two girls in love–Sahar and Nasrin could be beaten, imprisoned, even executed if their relationship came to light. So they carry on in secret–until Nasrin’s parents announce that they’ve arranged for her marriage. Nasrin tries to persuade Sahar that they can go on as they had before, only now with new comforts provided by the decent, well-to-do doctor Nasrin will marry. But Sahar dreams of loving Nasrin exclusively–and openly. Then Sahar discovers what seems like the perfect solution. In Iran, homosexuality may be a crime, but to be a man trapped in a woman’s body is seen as nature’s mistake, and sex reassignment is legal and accessible. As a man, Sahar could be the one to marry Nasrin. Sahar will never be able to love the one she wants in the body she wants to be loved in without risking her life. Is saving her love worth sacrificing her true self?

Mon avis

Vous voulez savoir à quel point ce roman m’a remué ? Dans ce cas, imaginez cette scène : je me trouve dans le TGV me ramenant de mon séjour toulousain, j’ouvre ma liseuse et me décide pour ce titre que je tenais à découvrir depuis longtemps. Je pense l’avoir dévoré en quelques heures, tant je ne pouvais pas m’en détacher. Et il est heureux que je n’aie pas eu de voisin-e car, à de nombreuses reprises, mon coeur s’est serré, les larmes me sont montées aux yeux et j’ai tenté de sauver la face sous le prétexte d’un bon rhume (ce que j’avais aussi, mais bref !)

Il est assez rare qu’un roman me fasse pleurer. Il est encore plus rare que ce soit une histoire d’amour. Et pourtant, Sara Farizan y est arrivée avec une facilité absolument déconcertante.

De prime abord, je dois dire que le style m’a un peu déstabilisé, dans le sens où la narratrice, Sahar, raconte de manière fort simple sa relation avec sa meilleure amie, Nasrin. Je n’ai pas tardé à comprendre cependant que cette simplicité est justement la force de l’auteur. Les sentiments de Sahar sont évidents, puissants, c’est le premier amour, celui qu’on n’oublie pas et pour lequel on est prêt à commettre toutes les folies. Quand Sahar découvre que Nasrin a été fiancée sans qu’elle le sache et que le mariage se tiendra dans peu de temps, elle désespère de pouvoir trouver une solution. C’est la rencontre avec Parveen, une transsexuelle, via son cousin Ali, qui lui offre une réponse inattendue – et si Sahar décidait d’être un homme ?

Un des points forts de ce roman, c’est assurément son cadre, puisqu’il se passe entièrement en Iran, un pays que l’on ne voit quasi jamais dans les fictions jeunesse/YA (en tout cas, pour ma part, c’était la première fois que je lisais un roman situé dans cette partie du monde). L’occasion de se rendre compte de la réalité vécue par la société iranienne et de ses paradoxes également. Un pays qui reconnaît officiellement la procédure de changement de sexe depuis les années 80, qui fait figure de pionnier en la matière – page Wiki pour plus d’infos – un changement qui demeure cependant tolérable uniquement si les personnes opérées font profil bas. Un pays dans lequel les homosexuel-le-s risquent la peine de mort et dans lequel la police arrête les femmes trop court vêtues à leur goût.

Ce sont des passages qui ont été très bien retranscrits dans le roman, et je dois dire que j’ai eu un coup de coeur pour les persos d’Ali & de Parveen. Mais le fil rouge de ce roman est d’une part, la relation Sahar-Nasrin, que j’ai trouvée très juste et très bien développée, d’autre part, la prise de conscience de Sahar – que ce soit avec elle-même, ce qu’elle attend de la vie, ses objectifs, etc. C’est une jeune fille qui devient indépendante, qui ne se laisse pas démonter face aux coups durs (et ils sont nombreux), qui tente de se créer son propre espace dans une société qui ne lui en laisse guère. Les figures parentales sont diablement intéressantes également – depuis le père de Sahar, qui a démissionné depuis la mort de sa femme, jusqu’à la mère de Nasrin, dominatrice et dont l’amour pour sa fille se dévoile peu à peu, en passant par la maman de substitution, celle qui recueille sous son aile les transsexuel-le-s ayant décidé de changer de sexe.

C’est un récit sensible, touchant, émouvant, qui m’a complètement bouleversée et m’aura donné une autre perspective que celle qu’on peut généralement avoir sur ces thèmes en Occident. Inutile de vous dire que je vous le recommande à 200 %. Cerise sur le gâteau, le style est largement abordable (en attendant la VF!) Pour ma part, je guette le prochain roman de cette auteur avec une immense impatience !!

[Chronique] Americanah de Chimamanda Ngozi Adichie

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Je ne fais plus vraiment de chroniques littéraires détaillées sur ce blog, mais je vais faire une exception pour ce roman qui m’a secouée, chamboulée et surtout ébranlée, de la meilleure manière qui soit.

Rapide présentation 

« En descendant de l’avion à Lagos, j’ai eu l’impression d’avoir cessé d’être noire. »

Ifemelu quitte le Nigeria pour aller faire ses études à Philadelphie. Jeune et inexpérimentée, elle laisse derrière elle son grand amour, Obinze, éternel admirateur de l’Amérique qui compte bien la rejoindre.
Mais comment rester soi lorsqu’on change de continent, lorsque soudainement la couleur de votre peau prend un sens et une importance que vous ne lui aviez jamais donnés, quand tout à coup le fait d’être noir est censé dicter vos réactions et vos pensées ?
Obinze partira finalement en Angleterre et, pendant quinze ans aux États-Unis, Ifemelu tentera de trouver sa place au sein d’un pays profondément marqué par le racisme et la discrimination. De défaites en réussites, elle trace son chemin, pour finir par revenir sur ses pas, jusque chez elle, au Nigéria.

Mon avis 

J’ai commencé ce roman sur les bons conseils de Miss Tete de Litote, qui en parlait dans une de ses vidéos (je vous encourage vivement à découvrir sa chaîne si ce n’est pas déjà fait ! ). Je ne savais pas vraiment à quoi m’attendre, vu que je n’avais jamais lu cette auteur.

Heureusement que j’ai réparé cette erreur, car Chimamanda Ngozi Adichie entre directement dans mon panthéon personnel, cet havre livresque où les romans  – et leurs auteurs  – qui m’ont marquée, chamboulée, fait pleurer ou rire aux éclats sont soigneusement consignés.

Autant vous prévenir tout de suite – Americanah n’est pas un récit linéaire. Il alterne entre longs flash-backs et retours rapides au présent, il change de narrateur, il a ce côté un peu surréaliste avec ses articles de blog entrecoupant le récit. Perso, je n’ai pas ressenti de difficulté à entrer dans ce roman, tant il est immersif, complexe sans pour autant perdre son lecteur. C’est un récit qui vous happe lentement, insensiblement, avec son style ciselé, un vrai petit bijou, ses voix envoûtantes, intriguantes, que ce soit celle d’Ifemelu ou d’Obinze, les deux points de vue. Avant même que vous vous en rendiez compte, Americanah vous a pris dans ses filets et je vous garantis que vous n’en sortirez pas indemne.

Americanah, c’est aussi un roman -caméléon, un livre qui ne se laisse pas étiqueter. Au moment où vous croyez l’avoir cerné, l’auteur vous entraîne dans une toute autre direction, et ce, avec un immense talent. Au coeur du récit, on a une histoire d’amour, celle d’Ifemelu et d’Obinze, deux jeunes gens qui n’étaient pas destinés l’un à l’autre, mais entre lesquels ça clique immédiatement. Une romance tendre, qui comporte son lot d’épines aussi, alors que l’auteur nous dresse un portrait de la jeunesse nigériane, de son système éducatif et de la vie universitaire.

Obinze rêve de l’Amérique, Ifemelu aussi, sans doute pas avec la même ferveur, mais avec cette espérance que là-bas, les choses sont différentes. Là-bas, la « vraie vie » commence.

Alexa, et les autres invités comprenaient tous la fuite devant la guerre, devant la pauvreté qui broyait l’âme humaine, mais ils étaient incapables de comprendre le besoin d’échapper à la léthargie pesante du manque de choix. ils ne comprenaient pas que des gens comme lui, qui avaient été bien nourris, qui n’avaient pas manqué d’eau, mais étaient englués dans l’insatisfaction, conditionnés depuis leur naissance à regarder ailleurs, éternellement convaincus que la vie véritable se déroulait dans cet ailleurs, étaient aujourd’hui prêts à commettre des actes dangereux, des actes illégaux, pour pouvoir partir.

Americanah, c’est aussi le récit de l’immigration, l’envers du décor, qui nous montre à quel point l’intégration et ces fameux slogans dont on aime nous rabâcher les oreilles deviennent des buts parfois impossibles à atteindre. Que ce soit Ifemelu aux Etats-Unis, confrontée de plein fouet à l’héritage racial, qui se découvre noire, un statut qui va de pair avec une culture où elle-même se sent étrangère ou encore Obinze en Grande-Bretagne, impliqué dans un mécanisme qui risque de le broyer, une réalité bien différente de ses rêves dorés.

L’auteur nous parle sans ambages de la misère au quotidien, de l’angoisse, de la peur de ne pas y arriver, de l’argent qui manque, de l’absence de solidarité et des préjugés que les personnages se prennent en pleine face. C’est dur, difficile, mais ce sont des passages nécessaires.

Ce qui m’a particulièrement marquée dans Americanah, c’est cette révélation, petit à petit, d’autres réalités. Des réalités différentes, dont j’avais certes conscience, mais dont je ne mesurais pas tous les détails, l’infinie complexité dans la vie quotidienne. C’est un roman qui ouvre les yeux, qui fait exploser les barrières et qui m’a réellement fait réfléchir sur les questions de race & de genre.

Si vous dites que la race n’a jamais été un problème, c’est uniquement parce que vous souhaitez qu’il n’y ait pas de problème. Moi-même je ne me sentais pas noire , je suis devenue noire qu’en arrivant en Amérique. Quand vous êtes noire en Amérique et que vous tombez amoureuse d’un Blanc, la race ne compte pas tant que vous êtes seuls car il s’agit seulement de vous, et de celui que vous aimez. Mais dès l’instant où vous mettez le pied dehors, la race compte. Seulement nous n’en parlons pas. Nous ne mentionnons même pas devant nos partenaires blancs les petites choses qui nous choquent et que nous voudrions qu’ils comprennent mieux, parce que nous craignons qu’ils jugent notre réaction exagérée ou nous trouvent trop sensibles.

Que l’auteur parle des relations entre Blancs & Noirs, des soins capillaires apportés aux cheveux crépus ou encore de l’élection de Barack Obama, tous ces récits s’insèrent naturellement, comme allant de soi, dans le cours du récit. J’ai particulièrement aimé les extraits du blog que tient Ifemelu lors de son séjour aux Etats-Unis.

Mes cheveux épais et naturels feraient leur effet si j’avais un entretien pour être chanteuse dans un orchestre de jazz, mais il faut que j’aie l’air professionnel pour cet entretien, et professionnel signifie avoir les cheveux raides. S’ils devaient être bouclés, il faudrait que ce soit des boucles de Blanche, souples, ou au pire des anglaises, mais jamais des cheveux crépus.

Je pourrais vous parler de ce roman pendant des heures, mais le meilleur, bien entendu, reste que vous le découvriez par vous-mêmes. Que vous vous laissiez gagner par les voix d’Americanah, que vous voyagiez avec elles sur le sol nigérian, britannique ou américain et que vous aussi, vous puissiez ressentir ce charme puissant, incisif, l’essence même de ce roman.

Parcours de lecture

Vous connaissez cette envie d’écrire un article, sans savoir quel sujet aborder au juste ?

Si ça vous fait « tilt », vous comprendrez pourquoi cet article – ou plutôt ce papotage ! – va vous sembler peut-être légèrement décousu… Mais comme j’ai le temps & la motivation de l’écrire, allons-y !

J’ai remarqué, ces derniers temps, que mes goûts de lecture étaient en train de changer. A la base – et là, vous avez une séance flash-back, quand j’étais plus jeune d’une bonne dizaine d’années, à l’aube de mes vingt ans ^^ – je ne lisais pas d’imaginaire. A vrai dire, je ne connaissais pas la littérature SFFF. Je sais, difficile à croire, mais c’est la vérité. Mes goûts étaient plutôt classiques. Pas pour rien que je parle souvent de Zola dans les interviews que vous avez pu lire ça et là (d’ailleurs, une toute nouvelle vient d’être publiée ici si le coeur vous en dit ! ) Je lisais certainement autre chose, entre les lectures imposées du lycée, mais je n’en ai pas conservé un souvenir clair.

Je me souviens précisément du moment où tout a radicalement basculé *insérer un roulement de tambour*

Je venais d’entrer à la fac, la liste de lecture obligatoire comportait le premier tome d’Harry Potter, ce qui m’a inspiré la brillante réflexion de « Pourquoi me fait-on lire de la litt’ jeunesse à l’unif ? »

Heureusement pour moi, j’ai vite dépassé ce préjugé en découvrant d’une part, l’univers de J.K. Rowling – même si, instant confession du jour, je peux vous dire que je suis réellement devenue accro aux aventures d’Harry & Co à partir du troisième tome – et surtout, en visionnant le premier film du Seigneur des Anneaux.

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En un mot comme en cent, ce fut une révélation. Tel le lapin blanc d’Alice l’entraînant dans Wonderland, telle la lettre de Poudlard arrivant enfin dans les mains d’Harry.

Une claque dans la figure, dont je ne me suis pas remise – et dont je n’ai pas envie de me remettre d’ailleurs !

Je suis donc tombée en amour avec la littérature du merveilleux, du fantastique, de la fantasy dès ce moment. Mes goûts de lecture ont dramatiquement changé : j’ai dévoré Tolkien, Rowling, Hobb, Martin, Feist, Loevenbruck, Kay et encore bien d’autres, qui m’ont guidé dans les contrées SFFF.

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Au fil des rencontres – notamment sur le forum de CoCyclics – au fil de l’écriture aussi, mes goûts littéraires se sont affinés, élargis également. J’ai découvert des plumes francophones comme celles de Léa Silhol, Charlotte Bousquet, Pierre Pevel et encore beaucoup d’autres.

Je me suis intéressée davantage à la littérature jeunesse et, par extension, au Young Adult, qui fleurissait doucement dans les rayons des librairies. De quoi tuer définitivement tout préjugé/cliché que je pouvais encore conserver sur cette littérature.

J’avais pris goût à la littérature anglophone durant mes années de fac, c’est un goût qui ne s’est jamais démenti. La réalisation du coût bien moindre des livres anglophones, surtout en version numérique – j’ai rapidement acquis une liseuse quand les premiers modèles sont arrivés sur le marché européen – a été de pair avec la découverte de l’immense diversité des oeuvres anglo-saxonnes, qu’ils soient britanniques, américains, canadiens, etc !

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Les plaisirs de lecture, nos affinités, nos goûts aussi ne cessent jamais d’évoluer. C’est ce que j’ai pu constater, ces derniers mois, en me rendant compte que je lisais de plus en plus de contemporains.

D’abord, dans la branche Young Adult, qui reste pour moi l’une de mes littératures de prédilection, avec des petites perles comme Ask the Passengers, Because You’ll Never Meet Me ou encore Aristotle and Dante discover the secrets of the universe.

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Ou encore, dans le rayon VF cette fois-ci, Les petites Reines, Dysfonctionnelle, Le faire ou mourir

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J’aime ces bouquins, d’abord parce qu’ils parlent de thèmes qui sont à la fois proches de l’ado que nous avons tous été et qui peuvent aussi nous toucher à tout âge : les questions sur l’apparence, l’indépendance, les rapports familiaux, la maternité également… C’est là la magie du Young Adult.

Ensuite, il y a là une originalité, une diversité également qui m’a rendue accro – le rapport à la sexualité, surtout avec les thèmes LGBT+, les questions d’identité et d’appartenance.

Depuis peu, je m’intéresse aussi à ce qu’on nomme la littérature blanche et que je préfère appeler « générale ». Je ne suis pas encore réellement aventurée dans ce domaine, sans doute parce que, soyons honnêtes, les prix sont moins attractifs, en particulier en numérique, que chez les anglophones.

Pour citer quelques noms : Fred Vargas (je sais, techniquement, ce sont des romans policiers – mais qui a dit qu’il fallait se limiter à une seule étiquette ? 🙂 ) Lauren Beukes (même remarque que pour Fred Vargas) ou encore le style somptueux, terrible, poétique et épique de Léonora Miano, avec la magnifique Saison de l’Ombre. Ou encore celui de Chimamanda Ngozie Adichie avec son Americanah, que je suis en train de lire et qui promet d’être une de ces lectures qui vous poursuivent bien après que vous ayez refermé la dernière page…

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Changement ne veut pas dire exclusion, loin de là ! Je garde tout mon intérêt pour l’imaginaire et la SFFF en général, même si je me montre parfois plus sélective dans mes choix et aller à contre-courant dans mes sélections livresques. Une lectrice (hello Manon !) m’a dit récemment que je ressemblais à un électron libre et plus j’y pense, plus je me dis que ça me convient bien 🙂

Et vous, de votre côté ? Avez-vous remarqué des changements dans vos goûts littéraires ? Quel est votre parcours de lecture ? Dites-moi tout !

Wish-list début 2016

Histoire de bien commencer l’année, petit tour d’horizon des (futures) sorties qui me font envie, francophones & anglophones.

Let’s start donc !

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This is Where it ends de Marieke Nijkamp – sortie le 5 janvier

4e de couv’

10:00 a.m.
The principal of Opportunity, Alabama’s high school finishes her speech, welcoming the entire student body to a new semester and encouraging them to excel and achieve.

10:02 a.m.
The students get up to leave the auditorium for their next class.

10:03
The auditorium doors won’t open.

10:05
Someone starts shooting.

Told over the span of 54 harrowing minutes from four different perspectives, terror reigns as one student’s calculated revenge turns into the ultimate game of survival.

Je sais, je sais, vous allez me dire que je triche car ce roman, non seulement je l’ai déjà lu, mais en plus, je vous l’ai présenté dans l’article précédent. Néanmoins, comme je l’avais déjà répertorié dans les sorties qui me faisaient envie, je n’ai pas eu le coeur de l’exclure. Et puis, je vous ai déjà dit que ce roman était un coup de coeur ?

coeur_tambour

 

Coeur Tambour de Scholastique Mukasonga – sortie le 7 janvier

4e de couv’

Personne ne savait plus trop qui était cette présumée princesse africaine appelée Nyabinghi. Son nom était venu s’échouer sur les plages de la Jamaïque en d’étranges circonstances… Le 12 décembre 1935, peu de temps avant l’invasion de l’Éthiopie par l’Italie fasciste, paraissait dans le journal Jamaïca Times un article intitulé « Une société secrète pour détruire les Blancs » : vingt millions de nègres, au nom d’une mystérieuse reine appelée Nya-Binghi, allaient déferler sur l’Europe et l’Amérique, Nya-Binghi signifiant « mort aux Blancs ». Les rastas, qui adoptèrent le nom de nyabinghi, n’avaient rien de sanguinaire et, dans la torpeur bienheureuse de l’herbe sacrée, ne songeaient nullement à massacrer quiconque. Les tambours suffisaient à leur rébellion.»
Du Rwanda à la Caraïbe, à l’Amérique : mystères, initiations, naissance de la musique rasta, et, dans les bouleversements du monde, quand bat le tambour et le cœur de l’Afrique, un crime fondateur… Qui a tué l’inoubliable diva Kitami, surnommée aux quatre points de l’horizon «l’Amazone noire»?

Je n’ai pas encore lu cette auteur, mais rien que le 4e de couv’ m’a définitivement accrochée !

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We are the ants de Shaun David Hutchinson – sortie le 19 janvier

4e de couv’

Henry Denton doesn’t know why the aliens chose to abduct him when he was thirteen, and he doesn’t know why they continue to steal him from his bed and take him aboard their ship. He doesn’t know why the world is going to end or why the aliens have offered him the opportunity to avert the impending disaster by pressing a big red button.

But they have. And they’ve only given him 144 days to make up his mind.

Since the suicide of his boyfriend, Jesse, Henry has been adrift. He’s become estranged from his best friend, started hooking up with his sworn enemy, and his family is oblivious to everything that’s going on around them. As far as Henry is concerned, a world without Jesse is a world he isn’t sure is worth saving. Until he meets Diego Vega, an artist with a secret past who forces Henry to question his beliefs, his place in the universe, and whether any of it really matters. But before Henry can save the world, he’s got to figure out how to save himself, and the aliens haven’t given him a button for that.

J’avais adoré le précédent roman de cet auteur – The Five Stages of Andrew Brawley – et ce quatrième de couverture me donne méchamment envie, entre pré-apocalyptique & une certaine ressemblance avec l’un de mes romans préférés, Aristote & Dante discover the secrets of the universe (sorti depuis en VF chez PKJ).

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Le Gardien de la Source de Vanessa Terral – sortie le 13 janvier

4e de couv’

En cet été 1814, Marie-Constance de Varages, marquise du bourg d’Allemagne, et son héritière, Anne-Hélène, sont conviées au bal du comte de Forcalquier. Si une telle invitation ne se refuse pas, la marquise est inquiète. Quelques mois auparavant, sa fille a souffert d’un mal funeste et été sauvée in extremis. Depuis, elle n’est plus tout à fait la même…
Quelle est donc cette ombre qui plane sur Anne-Hélène ? Et pourquoi le mystérieux Lazare, baron d’Oppedette, semble-t-il soudain subjugué par la jeune débutante ?

J’ai déjà lu la plume de Vanessa et j’étais impatiente de découvrir son dernier projet ! C’est chose faite, avec une magnifique couverture et des parfums de mythologie grecque autour… De quoi attiser ma curiosité 😉 Pour en savoir plus, c’est par ici !

 

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4e de couv’

Amanda Hardy is the new girl in school. Like anyone else, all she wants is to make friends and fit in. But Amanda is keeping a secret. She’s determined not to get too close to anyone.

But when she meets sweet, easygoing Grant, Amanda can’t help but start to let him in. As they spend more time together, she realizes just how much she is losing by guarding her heart. She finds herself yearning to share with Grant everything about herself–including her past. But Amanda’s terrified that once she tells him the truth, he won’t be able to see past it.

Because the secret that Amanda’s been keeping? It’s that she used to be Andrew.

Si le résumé ne m’avait déjà pas totalement accroché, cette couverture l’aurait fait !

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Les enfants de Toumaï de Thomas Dietrich – sortie en janvier

4e de couv’

Emmanuel et Sakineh viennent tous deux du Tchad. Elle est musulmane, issue d’une famille de haut rang. Lui est un étudiant pauvre, un doux rêveur qui a troqué la foi chrétienne de sa mère pour le Petit livre rouge. Ils se rencontrent au Caire et c’est comme s’ils n’avaient vécu que pour ce moment-là. Leur amour impossible empruntera dès lors toutes les routes de l’exil, de l’injustice – notamment celle faite aux femmes – mais aussi de la foi en l’autre.

Là non plus, je n’ai pas encore lu cet auteur, mais le résumé m’intrigue beaucoup !

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How Hard can Love be ? d’Holly Bourne – sortie le 1er février

4e de couv’

All Amber wants is a little bit of love. Her mum has never been the caring type, even before she moved to California, got remarried and had a personality transplant. But Amber’s hoping that spending the summer with her can change all that.

And then there’s prom king Kyle, the guy all the girls want. Can he really be interested in anti-cheerleader Amber? Even with best friends Evie and Lottie’s advice, there’s no escaping the fact: love is hard.

J’avais adoré le premier opus – Am I Normal Yet? – je vous en avais parlé d’ailleurs dans mon focus consacré à cette auteur, il allait de soi que je vous parle de sa nouvelle publication que j’attends avec grande impatience !!

Et voici pour les sorties qui me font définitivement de l’oeil pour ce début d’année – la wish-list reviendra pour d’autres périodes, vous pouvez en être certain ! Et vous, quels sont les titres qui vous donnent envie ? Dites-moi tout !