Chroniques LGBT – 4

Et cette fois-ci pour une édition 100% féminine ! J’aurais aimé vous la poster demain, pour la Journée des Droits des Femmes mais au vu des bouleversements de mon agenda perso, vous l’aurez donc aujourd’hui.

Commençons donc par une auteur qui, avec un seul roman, est définitivement entrée dans mon panthéon personnel. Inutile de vous dire que j’attendais énormément de son deuxième opus ! Je veux bien sûr parler de …

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Cam Girl de Leah Raeder

4e de couv’

Vada Bergen is broke, the black sheep of her family, and moving a thousand miles away from home for grad school, but she’s got the two things she loves most: her art and her best friend-and sometimes more-Ellis Carraway. Ellis and Vada have a friendship so consuming it’s hard to tell where one girl ends and the other begins. It’s intense. It’s a little co-dependent. And nothing can tear them apart.
Until an accident on an icy winter road changes everything. Vada is left deeply scarred, both emotionally and physically. Her once-promising art career is cut short. And Ellis pulls away, unwilling to talk about that night. Everything Vada loved is gone. She’s got nothing left to lose.
So when she meets some smooth-talking entrepreneurs who offer to set her up as a cam girl, she can’t say no. All Vada has to do is spend a couple hours each night stripping on webcam, and the « tips » come pouring in. It’s just a kinky escape from reality until a client gets serious. « Blue » is mysterious, alluring, and more interested in Vada’s life than her body. Online, they chat intimately. Blue helps her heal. And he pays well, but he wants her all to himself. No more cam shows. It’s an easy decision: she’s starting to fall for him. But the steamier it gets, the more she craves the real man behind the keyboard. So Vada pops the question: Can we meet IRL? Blue agrees, on one condition. A condition that will bring back a ghost from her past. Now Vada must confront what she’s been running from. A past full of devastating secrets-those of others and those she’s been keeping from herself…

Mon avis

Si vous suivez ce blog, vous savez que j’ai eu un immense, gigantesque, méga coup de coeur pour Black Iris de cette même auteur. Un roman qui vous retourne le cerveau, enflamme vos sens et vous laisse complètement à bout de souffle ! J’annonce la couleur d’emblée – Cam Girl n’a pas détrôné Black Iris pour moi. Est-ce pour autant une déception ? Certainement pas ! Au contraire : il aura cimenté encore davantage mon admiration devant l’audace de Leah Raeder, de son style ciselé et percutant, de sa manière de construire les intrigues et surtout, de bâtir des histoires d’amour & d’amitié de manière réaliste, sensible et juste. Pour ceux & celles qui n’ont pas spécialement accroché à la noirceur de Black Iris, je vous conseille de (re)tenter votre chance avec Cam Girl – plus lumineux et à la narration plus linéaire.

Vada et Ellis sont meilleures amies. Elles sont aussi amantes – si Ellis est prête à l’assumer en public, ce n’est cependant pas le cas de Vada; Peur de s’engager, de transformer leur relation en quelque chose de totalement différent et après laquelle elle ne pourrait pas revenir en arrière…

Vada et Ellis sont au point de rupture. Et puis arrive l’accident. Celui dont elles ressortent toutes les deux vivantes, contrairement à l’autre conducteur; celui qui bouleverse Vada d’un point de vue physique et psychique; celui qui conduit les deux amantes à une séparation brutale et nette. Seule, amère et complètement perdue, la jeune femme rencontre un couple d’entrepreneurs audacieux, qui lui fait une proposition alléchante – devenir une « Cam Girl ». Vada s’y jette à corps perdu, et ne tarde pas à faire la connaissance de Blue. Un homme qui lui redonne goût à la vie, confiance en elle-même; Un homme qui la veut pour lui seul. Vada va devoir faire un choix, qui s’annonce d’autant plus cornélien qu’Ellis débarque de nouveau dans sa vie…

Vous pensez connaître, d’après ce que je vous donne comme éléments, la suite de l’histoire ? Détrompez-vous ! Car l’auteur n’a pas son pareil pour nous emmener là où on ne l’attend pas. Entre dénouements complètement haletants et des retournements de situation, je suis restée scotchée à Cam Girl. L’autre point fort de ce roman, c’est le portrait de ces hommes et femmes qui vivent de leur corps, en l’offrant à la vue des spectateurs anonymes. Un monde auquel je doutais d’adhérer, en raison de mes sensibilités personnelles, et pourtant, l’auteur est parvenue à m’immerger complètement dans le quotidien de Vada. On comprend le chemin de la jeune femme, le plaisir qu’elle tire par rapport à la caméra ainsi que les dangers de cette profession. J’applaudis de tout coeur l’auteur de nous dresser un portrait qui sonne vrai, loin des clichés & stéréotypes.

Enfin, last but not least, l’auteur met au coeur de son roman des thèmes qui restent trop peu abordés : la transsexualité, le fait que notre sexualité ne se décline pas en rose ou en bleu, mais bien en une palette aussi riche que variée, la quête d’identité, la difficulté de faire son coming-out ou tout simplement, de dire ce qu’on est et ce qu’on n’est pas. J’ai aussi adoré le fait qu’elle dépeigne la vie au quotidien de quelqu’un qui souffre d’un handicap et que celui-ci n’est pas immédiatement visible. A ce sujet, je vous renvoie au témoignage de ma chère Agnès Marot sur son blog. Un récit essentiel.

En conclusion, vous ne pouvez pas passer à côté de la plume sulfureuse, tendre, parfois cynique, souvent écorchée vive de Leah Raeder. Une auteur absolument à découvrir et qui ne cesse jamais de m’étonner et d’élargir ma vision du monde. Et n’est-ce pas là un des plus beaux cadeaux que peut nous offrir la littérature ? 😉

Le deuxième roman est également un giga coup de coeur, un récit qui m’a complètement surpris, dans le sens où je ne m’attendais pas à être autant touchée par ce roman. Il s’agit de…

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If You Could Be Mine, par Sara Farizan

4e de couv’

Seventeen-year-old Sahar has been in love with her best friend, Nasrin, since they were six. They’ve shared stolen kisses and romantic promises. But Iran is a dangerous place for two girls in love–Sahar and Nasrin could be beaten, imprisoned, even executed if their relationship came to light. So they carry on in secret–until Nasrin’s parents announce that they’ve arranged for her marriage. Nasrin tries to persuade Sahar that they can go on as they had before, only now with new comforts provided by the decent, well-to-do doctor Nasrin will marry. But Sahar dreams of loving Nasrin exclusively–and openly. Then Sahar discovers what seems like the perfect solution. In Iran, homosexuality may be a crime, but to be a man trapped in a woman’s body is seen as nature’s mistake, and sex reassignment is legal and accessible. As a man, Sahar could be the one to marry Nasrin. Sahar will never be able to love the one she wants in the body she wants to be loved in without risking her life. Is saving her love worth sacrificing her true self?

Mon avis

Vous voulez savoir à quel point ce roman m’a remué ? Dans ce cas, imaginez cette scène : je me trouve dans le TGV me ramenant de mon séjour toulousain, j’ouvre ma liseuse et me décide pour ce titre que je tenais à découvrir depuis longtemps. Je pense l’avoir dévoré en quelques heures, tant je ne pouvais pas m’en détacher. Et il est heureux que je n’aie pas eu de voisin-e car, à de nombreuses reprises, mon coeur s’est serré, les larmes me sont montées aux yeux et j’ai tenté de sauver la face sous le prétexte d’un bon rhume (ce que j’avais aussi, mais bref !)

Il est assez rare qu’un roman me fasse pleurer. Il est encore plus rare que ce soit une histoire d’amour. Et pourtant, Sara Farizan y est arrivée avec une facilité absolument déconcertante.

De prime abord, je dois dire que le style m’a un peu déstabilisé, dans le sens où la narratrice, Sahar, raconte de manière fort simple sa relation avec sa meilleure amie, Nasrin. Je n’ai pas tardé à comprendre cependant que cette simplicité est justement la force de l’auteur. Les sentiments de Sahar sont évidents, puissants, c’est le premier amour, celui qu’on n’oublie pas et pour lequel on est prêt à commettre toutes les folies. Quand Sahar découvre que Nasrin a été fiancée sans qu’elle le sache et que le mariage se tiendra dans peu de temps, elle désespère de pouvoir trouver une solution. C’est la rencontre avec Parveen, une transsexuelle, via son cousin Ali, qui lui offre une réponse inattendue – et si Sahar décidait d’être un homme ?

Un des points forts de ce roman, c’est assurément son cadre, puisqu’il se passe entièrement en Iran, un pays que l’on ne voit quasi jamais dans les fictions jeunesse/YA (en tout cas, pour ma part, c’était la première fois que je lisais un roman situé dans cette partie du monde). L’occasion de se rendre compte de la réalité vécue par la société iranienne et de ses paradoxes également. Un pays qui reconnaît officiellement la procédure de changement de sexe depuis les années 80, qui fait figure de pionnier en la matière – page Wiki pour plus d’infos – un changement qui demeure cependant tolérable uniquement si les personnes opérées font profil bas. Un pays dans lequel les homosexuel-le-s risquent la peine de mort et dans lequel la police arrête les femmes trop court vêtues à leur goût.

Ce sont des passages qui ont été très bien retranscrits dans le roman, et je dois dire que j’ai eu un coup de coeur pour les persos d’Ali & de Parveen. Mais le fil rouge de ce roman est d’une part, la relation Sahar-Nasrin, que j’ai trouvée très juste et très bien développée, d’autre part, la prise de conscience de Sahar – que ce soit avec elle-même, ce qu’elle attend de la vie, ses objectifs, etc. C’est une jeune fille qui devient indépendante, qui ne se laisse pas démonter face aux coups durs (et ils sont nombreux), qui tente de se créer son propre espace dans une société qui ne lui en laisse guère. Les figures parentales sont diablement intéressantes également – depuis le père de Sahar, qui a démissionné depuis la mort de sa femme, jusqu’à la mère de Nasrin, dominatrice et dont l’amour pour sa fille se dévoile peu à peu, en passant par la maman de substitution, celle qui recueille sous son aile les transsexuel-le-s ayant décidé de changer de sexe.

C’est un récit sensible, touchant, émouvant, qui m’a complètement bouleversée et m’aura donné une autre perspective que celle qu’on peut généralement avoir sur ces thèmes en Occident. Inutile de vous dire que je vous le recommande à 200 %. Cerise sur le gâteau, le style est largement abordable (en attendant la VF!) Pour ma part, je guette le prochain roman de cette auteur avec une immense impatience !!

3 réflexions sur “Chroniques LGBT – 4

  1. Pingback: Coffee Book Tag ! | Cindy Van Wilder

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