Suivre son instinct et autres réflexions sur l’écriture

Je n’ai jamais été une grande fan des règles « toutes faites » sur l’écriture – à part bien entendu celle qui nous dit de poser notre popotin sur notre chaise, d’ouvrir l’ordi et d’écrire ^^ Easy to say, comme disent nos voisins anglophones. Je ne suis pas de méthode bien déterminée quand je construis mon intrigue – je dirais même que c’est un peu le foutoir – et j’ai beau eu essayer plusieurs méthodes (il faudra d’ailleurs que je vous en touche un mot à ce sujet!), je me suis toujours retrouvée coincée quelque part dans l’élaboration du synopsis (ce qui est quand même plutôt ironique comme situation.)

Bref, ce n’est pas ma tasse de thé (ou de café.)

Je suis par ailleurs en train de lire un roman qui commence justement… par un rêve (le genre de début qu’on vous déconseille toujours expressément de tenter!). Vous savez quoi ? C’est une magnifique scène, qui parvient non seulement à nous attacher au cadre de l’action, mais aussi à nous intéresser à l’héroïne (Un carambar si vous trouvez le titre) (ça ne s’applique pas pour mes copines de LC !)

S’il y a bien un conseil d’écriture spécifique que j’ai retenu, c’est celui de Mélanie Fazi, romancière et auteur de plusieurs recueils de nouvelles, qui lors d’une conférence sur l’écriture de nouvelles, a suggéré de toujours commencer son texte au beau milieu de l’action. Immersion du lecteur garantie, d’autant plus qu’il cherchera toujours d’instinct des réponses aux questions que soulève le texte. Je peux vous dire que ce conseil fonctionne bien!

D’autres conseils m’ont aussi interpellée. Ce week-end, en profitant d’une pause pour naviguer sur Twitter – je pense que tout le monde a bien compris désormais que je suis une Twitter addict ! – je suis tombée sur cet article, où David Ellis, auteur de thriller, parlait de sa « méthode » de travail. Et parmi ces conseils, l’un d’entre eux m’a sauté littéralement aux yeux.

4. Surprise yourself. Ever written a scene, ready to move on to your next planned chapter, when you suddenly say to yourself, “Wouldn’t it be cool if _______ happened instead?” And then the next thing you think is, “Yeah, it would be cool, but that totally turns my whole plot upside down, so forget it.” I say, don’t forget it.

En VF, cela donne :

4. Surprenez-vous. Vous avez déjà écrit une scène, prêt à passer à votre prochain chapitre, quand vous vous êtes soudain dit : » Ne serait-ce pas chouette si (insérer évènement) arrivait plutôt? » et puis vous vous êtes dit : « Oui, ce serait chouette, mais ça chamboulerait totalement mon intrigue, donc mieux vaut l’oublier. » Je vous conseille justement de ne pas l’oublier!

Mes excuses à tous ceux/toutes celles qui hurleraient devant une telle suggestion… J’avoue qu’en bonne rebelle du synopsis établi, le conseil m’a parlé. M’a aussi déculpabilisé en quelque sorte. L’image d’Epinal de l’écrivain ne s’éloignant jamais d’un iota de son plan pré-établi est encore assez vivace pour que ceux qui ne suivent pas ce schéma/n’arrivent pas à le suivre essaient quand même de s’en rapprocher. Aussi lire que quelque part, on a aussi le droit de s’amuser, de se surprendre et de se faire carrément peur dans son histoire sans qu’on soit considéré comme « pas sérieux » fait du bien !

Quant à l’instinct – revenons quand même au titre de cet article, sinon vous allez vous demander dans quel délire je vous entraîne ! – Ellis en parle également et là aussi d’une manière qui me parle:

5. If you’re bored, so is the reader. People give all sorts of advice about how much dialogue to include or how much description or atmosphere is too much. But all of that advice is just generic. Sometimes a lot of dialogue is okay, because the dialogue is very real, very dramatic and intense, very snappy and entertaining. And sometimes (not often) a long patch of description serves those same purposes. So what I used to tell people is, be as lean as possible with descriptive passages and don’t include too much dialogue. But after writing nine novels, I’ve come to learn that the better advice is to stop writing when you get bored. If you’re not excited about the passage you’re writing, you can be sure the reader won’t be, either. But if you’re enjoying yourself, writing with enthusiasm, it will usually bleed through and have the same effect on the reader.

En VF:

5. Si vous vous emmerdez, le lecteur s’emmerdera aussi ! On vous donne toujours des conseils sur la quantité de dialogues à insérer, si autant de descriptions ou d’ambiance se révèle en trop. Tous ces avis sont généraux. Parfois, un long dialogue passe comme une lettre à la poste, parce qu’il est très réaliste, qu’il contient pas mal d’intensité dramatique ou qu’il est très spirituel et donc divertissant. Et parfois (pas toujours), de longues descriptions réalisent le même objectif. J’avais l’habitude de dire aux gens « Soyez aussi économes que possible avec les descriptions et n’insérez pas trop de dialogues. » Mais après avoir écrit neuf romans, le meilleur conseil que je peux donner est d’arrêter d’écrire si vous vous emmerdez. Si vous n’êtes pas excité comme une puce en écrivant un passage, vous pouvez être sûr que le lecteur ne le sera pas non plus. Mais si vous vous amusez, que vous écrivez avec enthousiasme, en général cet enthousiasme se communique aussi au lecteur.

Ce qui m’a donné pas mal à penser! Notamment pour certains passages que j’ai pris un grand plaisir à écrire dans les Outrepasseurs – bien sûr, ça ne veut pas dire que je me suis emmerdée pour le reste, soyons d’accord – mais on a toujours des scènes chouchou et en général, les lecteurs m’en parlent aussi.

Bref, au risque de passer pour une iconoclaste, je pense effectivement qu’on peut se laisser guider par son instinct/sa Muse/autre bestiole que vous voulez nommer et ne pas pour autant être dans le faux…

Je vous quitte sur une dernière suggestion, qui là aussi me parle beaucoup (et tirée de ce site)

Your first thought is often the best one. You know, the one that felt too weird or silly or stupid. Trust your imagination – it knows what it’s doing.

Votre première idée est souvent la meilleure. Vous savez, celle qui semble trop bizarre ou stupide. Faites confiance à votre imagination, elle sait ce qu’elle fait!

 

21 réflexions sur “Suivre son instinct et autres réflexions sur l’écriture

  1. J’approuve cet article à 200% !
    J’ajouterais simplement que l’instinct de l’auteur doit d’abord se trouver et s’affiner avant qu’on puisse lui faire confiance à 100%. Comme pour le style, l’instinct auctorial est une auto-construction qui prend du temps et ne peut devenir fiable qu’à partir d’un certain nombre de mots écrits.

    Et pour cela, on en revient à ton premier conseil : se poser devant son pc, et écrire, sans se poser d’autres questions 😉

    • Certes, mais ce n’est pas toujours facile de se lancer (pour ça que je disais « Easy to say! ») On a souvent l’impression qu’on doit préparer le terrain, que c’est une condition sine qua non, etc. Alors qu’en fait, on a le droit de se surprendre, de faire des erreurs, d’emprunter des impasses ou des chemins inédits 😉 Et bien sûr que l’instinct s’affine au cours des textes, toutafé d’ac avec toi, mais il faut aussi de temps en temps se faire confiance (là aussi, ca s’apprend 😉 )

  2. Chouette article, j’approuve surtout le passage qui dit que si l’auteur s’ennuie à l’écriture d’une scène, le lecteur risque de s’emmerder en la lisant.
    Sinon, la première idée est-elle vraiment souvent la meilleure ? Peut-être… ou pas, mais il ne faut en effet pas l’écarter, plutôt « tirer le fil » et voir les autres idées qui se cachent derrière.

  3. Oh, bien d’accord avec toi ! 🙂
    Pour mon premier roman, j’ai voulu faire comme je voyais faire plein de gens : syno, plan, etc. Résultat ? Le 1er jet est fini, certes mais en le relisant à tête reposée en vue des corrections je m’aperçois que je dois tout restructurer. J’avais fait une intrigue linéaire et c’est juste… chiant. Pour celui à venir, je me posais la question du plan, car j’ignore si ce sera un one-shot ou pas. Mais plus ça va, plus j’ai envie d’y aller comme ça, franco, pour voir. Ton post m’allège clairement de la petite voix qui me soufflait « oui mais t’es sûre que ce sera pas bancal, sinon ? » ^^ »

    Bref : écrivez comme vous le sentez ! Les méthodes des uns ne conviendront pas forcément aux autres, suivez votre voie 🙂

    Merci Cindy pour ce beau rappel qui me donne un beau coup de fouet pour me replonger dans l’aventure du roman (et sans plan, cette fois ;))

    • Avec plaisir la Miss (et je comprends absolument pour le côté chiant de l’histoire, ca m’est arrivé aussi!) Tu écris en entier tous les dénouements… et au fond, tu n’en as plus envie ^^

  4. Merci pour cet article qui me parle tout à fait, aussi. J’ai également tenté les plans détaillés et d’autres méthode et ça a été un échec à chaque fois. Résultat, j’ai développé une sorte de technique à l’envers : idée générale avec scènes-clefs, écriture au fil de l’eau… Puis retravail de ce que j’écris progressivement suivant mon avancée dans l’écriture, ce qui veut dire que ce que se disent ceux qui font leur plan à l’avance : je vais faire ça puis mon personnage aura telle caractéristique, si je le trouve en cours d’écriture, eh bien je reprends tout simplement tout ce que j’ai écrit avant avec cette nouvelle notion jusqu’à arriver à un moment où ça « roule ». Ca me rend impossible le fait de faire un nano ou d’avoir une écriture rapide comme certains l’ont, puisque ça me demande une grosse part de réflexion et d’analyse de ce que j’écris pendant le processus d’écriture, mais ça marche, tout bancal que ça puisse paraître.
    Ca fait du bien de se dire qu’on n’est pas seul à être comme ça, en tout cas. ^^

  5. Décidément, je ne me lasse pas de m’immiscer dans ton cerveau d’auteur, c’est vraiment très intéressant. 🙂
    J’aime beaucoup l’idée d’Ellis de foncer vers une idée qui met à mal le bouquin, quel beau défi ! De mon point de vue de lectrice, j’adore être surprise, et je pense que j’ai beaucoup plus de chances de l’être avec un auteur qui se surprend lui-même, plutôt qu’avec un auteur qui suit son petit plan bien établi (même si surprises il peut y avoir aussi dans cette façon de travailler, je ne remets pas en cause les façons de faire de chacun). J’approuve donc totalement, car ça force l’auteur à ne pas rester figé (voire englué) dans l’histoire qu’il a forgée et ça lui donne une belle liberté. Et ça doit mettre un bon petit coup de pied dans le popotin de la créativité, je pense… 😀

  6. On ne peut plus d’accord ! Muse est plus douée que nous pour imaginer des histoires, elle fait ça depuis toujours. Dans sa petit tête pleine de nuages, elle a déjà écrit des centaines d’histoires… Le mieux, c’est de la laisser faire, et de repasser derrière pour corriger les fautes et donner du style 😉

  7. C’est quoi, le bouquin que tu lis ? 🙂 J’ai une histoire que j’aimerais écrire un jour, et j’ai envie de la faire commencer par un rêve.
    En tout cas, j’essaie toujours aussi de m’amuser en écrivant, parce que je crois très fort dans le conseil n° 2. Et, même si je pense que ça convient mieux à certains genres qu’à d’autres, il m’arrive aussi de me lancer dans des tangeantes imprévues… Souvent, ça transforme ce qu’on prévoyait être un petit roman en roman en parties, ce qui reporte d’autant l’espérance de terminer l’écriture un jour, mais… c’est vrai que, rétrospectivement, je ne reviendrais pour rien au monde à la version plus simple de mon synopsis.

  8. J’aime beaucoup l’idée de commencer in media res, et de garder le plaisir au niveau de l’écriture 😉
    Je suis actuellement en train d’écrire un roman en suivant un plan précis, notamment à cause d’un contexte historique très particulier, mais je sens que peu à peu l’intrigue prend une certaine autonnomie, il n’est pas impossible que certains événements arrivent bien plus vite que je ne l’imaginais… En tout cas les commentaires sont également très intéressants !

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