Le mardi sur son 31

Après avoir relevé vaillamment un challenge  la semaine dernière, revenons-donc à nos moutons !

Aujourd’hui, c’est un livre qui m’a secoué, qui m’a brisé le coeur, qui m’a fait fondre aussi que je vous présente. Et s’il n’est pas passé loin du coup de coeur – je sais, paradoxal avec la présentation que je viens de vous en faire, mais que voulez-vous, le coeur a ses raisons…- je me souviendrai encore longtemps de cette famille anglaise d’Helen Walsh, aux éditions J’ai Lu.

famille-anglaise

La phrase du jour :

Parfois, l’été, le soleil couchant s’y reflétait, tel un incendie ravageur, évoquant les grandes tours de verre de Kuala Lumpur qui ondulaient comme une armée de vaisseaux spatiaux dans la brume de la mi-journée.

Le quatrième de couverture :

Par la nuit la plus froide de 1975, un jeune homme à la flamboyante tignasse rousse parcourt à toute allure les rues enneigées d’un quartier résidentiel de Warrington. Son nom est Robbie Fitzgerald, et il court pour sauver sa vie – et celle de sa famille.

Dans cette ville rigide du nord de l’Angleterre, il a épousé Susheela, la belle infirmière qui a recousu ses blessures. Pour Robbie, sa femme est une princesse tamoule, mais dans la vie de tous les jours, les Fitzgerald doivent aussi faire face à l’intolérance, à la pauvreté, et à la haine de leurs voisins.

Helen Walsh retrace deux décennies de lutte, d’espoirs et de triomphes avec un talent éblouissant pour chroniquer nos semblables. Avec les Fitzgerald, elle donne vie à une famille qui restera dans le coeur du lecteur bien après avoir refermé le livre.

Mon avis :

(Chronique d’abord postée sur le forum du Boudoir Ecarlate)

Nous sommes à Warrington, bourgade située aux environs de Liverpool, en plein hiver et au beau milieu des seventies. Robert Fitzgerald, dit « Robbie », court à perdre haleine dans les rues de la ville. Chanteur à la voix d’ange, jeune époux et papa, il ne cesse de courtiser la chance dans les salles de concert et autres pubs. Va-t-elle lui sourire enfin ? Warrington toujours, mais à l’intérieur d’un appartement bon marché. Susheela, l’épouse de Robbie, d’origine malaise et presque à terme de sa grossesse, veille sur le sommeil de son jeune fils. Elle s’inquiète du retour de son mari. Va-t-il enfin rentrer ? Reviendra-t-il auprès d’elle ou s’évanouira-t-il dans la nature, à la recherche de la gloire ? Cette nuit marque la fin d’un conte de fées – d’ailleurs, remarque à ce sujet, je trouve que le titre en VO Once upon a time in England « Il était une fois en Angleterre » est beaucoup plus parlant – et la séparation irrépressible entre deux êtres, qu’un grand amour liait pourtant.

Que dire de ce roman-fleuve, cette chronique incisive, vive et parfois crue d’une Angleterre en pleine mutation sociale et économique ? Helen Walsh nous livre, au travers d’une famille mixte, de la description de ses espoirs et de ses désillusions, le portrait d’une société parfois junkie, parfois désespérée, hésitant entre modernité et attachement aux traditions. C’est une œuvre forte, qui prend aux tripes, où un certain humour noir se teinte parfois de tendresse envers les personnages, mais qui demeure féroce et sans concessions dans ses descriptions. Telles celles de Robbie, le chanteur, qui ne parvient plus à faire face à la dure réalité, et qui cherche par tous les moyens à s’évader de son quotidien. Ou encore Susheela, qui deviendra « Sheila », avec sa soif débordante d’intégration dans sa banlieue anglaise, où les insultes comme « paki » et « kebab » sont monnaie courante.

Ce livre, c’est aussi un appel vibrant à la tolérance, un rejet des racismes de tous bords, qui entachent l’âme et endurcissent les cœurs les plus vaillants. Que ce soit la couleur de peau, les préférences sexuelles ou encore les goûts de musique, chacun des personnages mis en scène par l’auteur poursuit la lutte, parfois vaine, pour s’en sortir et gagner le droit à une vie libre. Ce qui ne se fait pas sans douleur, ni déchirement. Car autant vous le dire, la violence est un fil rouge de ce livre, qui s’ouvre d’ailleurs sur une scène assez trash. Néanmoins, pas de voyeurisme ni de complaisance et l’on comprend plus tard toute la portée de cette agression. Les âmes sensibles sont prévenues ! Je dois dire que le parcours qui m’a le plus ému, le plus touché également, c’est celui de Vincent, le premier enfant du couple. Souffre-douleur de ses camarades à l’école, retranché dans ses livres, il démontre pourtant une grande force et une volonté de s’en sortir, coûte que coûte. Il m’a semblé que l’auteur se faisait plus tendre, plus douce également quand elle empruntait son point de vue, sans doute parce qu’en tant qu’auteur, on se sent proche de ce personnage attachant. Qui devient rapidement poignant, d’ailleurs : même si la caractérisation de Vincent n’échappe pas à certains clichés, par son talent de plume, par sa fragilité aussi, sa recherche de l’absolu, il nous devient très proche.

Autant vous le dire aussi, ce livre a fini par me briser le cœur. Un livre dur et âpre par certains côtés, mais doté d’un souffle épique impossible à nier. Même les personnages qui ne m’avaient guère touchée jusque là ont remporté mon adhésion lors d’un final déchirant, où pourtant l’espoir subsiste. Ce roman symbolise une lumière fragile dans les ténèbres d’une époque, qui a marqué de son empreinte bon nombre de nos acquis actuels.

6 réflexions sur “Le mardi sur son 31

  1. Ca a l’air bien spécial comme roman dis donc, mais il a aussi l’air de cacher de belles choses. Je verrai ce qu’il en est, merci pour la découverte 🙂

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s