Lettre ouverte aux lecteurs

Hello ami lecteur,

Sans être un coup de gueule, cette lettre concrétise plutôt mon envie de faire bouger les choses. Je ne dis pas que j’y arriverai – surtout à mon échelle – mais je ne pouvais pas rester indifférente face à une situation que j’ai eu le déplaisir de constater au fil de mes pérégrinations sur le Net.

Si je m’adresse à toi, c’est qu’il y a quelque temps, en voulant déposer mon avis de lecture sur un roman francophone, il m’est arrivé une drôle d’aventure : je suis tombée sur un commentaire de lectrice, qui, sans l’avoir lu, exprimait sa méfiance sur ce bouquin. Pourquoi ? Parce que l’auteur était francophone et donc moins susceptible, selon elle, de livrer une histoire qui lui plaise.

Je n’aurais rien dit si ce commentaire était resté isolé. Malheureusement, ce n’est pas le cas et ça m’a rendu aussi triste que mise en colère en voyant d’autres affirmations de ce genre sur la Toile. Sans doute parce qu’on peut facilement arriver à ce type de réflexion, comme le décrit Flora avec une grande justesse.

Je me suis donc posée plusieurs questions : un auteur francophone, quel que soit le genre choisi, vaut-il automatiquement moins qu’un anglophone aux yeux des lecteurs ? Suscite-t-il donc de la méfiance avec sa seule nationalité ? Faut-il croire que les lecteurs se détournent volontairement des francophones avant même d’avoir ouvert le bouquin ?

Cet article n’a pas pour but d’entamer une chasse aux sorcières, pas plus que de faire des reproches (le plus souvent totalement injustifiés) à tous ceux qui, comme toi, consacrent du temps et de l’énergie pour non seulement lire, mais aussi donner leurs avis sur la Toile. Néanmoins, je ne pouvais pas rester insensible face à cette situation. C’est pourquoi je prends la plume pour essayer d’ébranler certains partis pris.

Tu me diras que je prêche pour ma chapelle, vu que je suis moi-même auteur. Tu auras raison. Bien sûr que cela me touche. Une partie de moi-même enrage à l’idée qu’avant même qu’il soit sorti, mon roman pourrait être dédaigné et boudé par une partie du lectorat. Avant même qu’on lui ait donné sa chance.

Mais je suis aussi lectrice et chroniqueuse. J’aime les plumes anglophones – cet article n’a pas pour but de tenter un clivage entre auteurs francophones et anglophones, ce serait aussi stupide que le débat papier vs numérique, alors que ces deux modes de lecture deviennent de plus en plus complémentaires – mais j’aime aussi les francophones, comme le démontre assez ma rubrique « le mardi sur son 31 ». De plus, grâce notamment à mon implication dans CoCyclics, j’ai eu la chance de pouvoir découvrir des écrivains brillants, passionnés, imaginatifs, qui sont publiés ou qui ne le sont pas encore, mais dont je veux lire davantage.

Aussi, je ne comprends pas pourquoi ce dédain, cette défiance affichée par certains envers les auteurs francophones. Je comprends qu’on puisse avoir des expériences de lecture malheureuses, ça arrive à tout le monde. Est-ce pour autant que l’on doit en faire une généralité et l’appliquer à des écrivains dont le seul « tort » est la langue dans laquelle ils écrivent ? Comme si celle-ci conditionnerait leur imagination et leur talent pour narrer une histoire ?

Je ne le pense pas. Aussi, ami lecteur (parce que tu es un ami, toi qui aimes aussi dévorer des histoires et faire partager ta passion de l’écrit), j’ai envie de te dire : aie le courage d’explorer d’autres horizons ; exerce ta curiosité ; sors des sentiers battus et je suis sûre que tu trouveras d’autres auteurs qui pourront t’enchanter.

Parce que si j’aime lire les aventures de Katniss, Triss, Anita et autres héroïnes, je ne voudrais pour rien au monde renoncer au plaisir de découvrir des plumes francophones talentueuses, par exemple celles de Fred Vargas, Stéphane Beauverger, Valentine Goby, Charlotte Bousquet, Carina Rozenfeld, Lionel Davoust et bien d’autres encore !

Tu me diras peut-être : c’est bien beau tout ça, mais je n’ai pas le temps de partir à la découverte, je croule sous les services de presse, etc. Loin de moi l’idée de critiquer cette pratique, j’en bénéficie aussi. Néanmoins, est-ce pour autant qu’il faut renoncer au plaisir de farfouiller dans les rayons d’une librairie, de naviguer sur les plateformes de vente et de découvrir d’autres horizons de lecture ? Je ne le crois pas. Personnellement, j’ai envie de cultiver ce goût de la découverte, de sortir hors des « genres » (je n’aime pas cette étiquette d’ailleurs) et de faire partager mon enthousiasme, quand je tombe sur un livre qui m’enthousiasme, peu importe que l’auteur s’exprime au départ en français, anglais, espagnol ou chinois !

Tu me diras, ami lecteur, qu’il est parfois difficile de mettre la main sur certains textes, moins bien distribués ou qui ne bénéficient pas de la même promotion que certains ouvrages. Peut-être. Pourtant, reconnais que nous avons à notre disposition des outils qui nous permettent d’acquérir des lectures diverses et variées ! D’abord, le numérique ; ensuite, les festivals, comme par exemple celui des Imaginales, qui invite auteurs anglophones & francophones et qui les met en valeur sans distinction, de manière intelligente en les faisant participer à des conférences et des tables rondes ; enfin, je pense aussi aux bibliothèques et librairies, où l’on peut trouver de précieux conseils.

Bref, tu as l’embarras des moyens. Ce qui te manque peut-être, c’est la volonté de te lancer. N’hésite pas à ouvrir tes ailes et à t’envoler vers d’autres horizons. Tu verras, cela ne peut faire que du bien que de dépasser les frontières. Et si je n’ai pas réussi à te donner l’envie par ce billet, j’espère que tu retiendras mes propos et qu’au moment d’ouvrir un bouquin, tu ne seras pas arrêté par une simple question de nom, de nationalité ou de langue originelle.

Amicalement,

45 réflexions sur “Lettre ouverte aux lecteurs

  1. C’est marrant, c’est la première fois que j’entends parler d’un tel débat !

    Pour ma part, je suis très optimiste. Sans vouloir être condescendant avec les personnes qui estiment que la littérature SFFF anglo-saxonne est « meilleure » que la francophone, je pense que ces lectrices et lecteurs ne connaissent pas bien le genre. On a qu’à prendre l’exemple de Jean-Philippe Jaworski avec « Juana Vera » ou « Gagner la guerre » : pour moi Jaworski est tout simplement l’écrivain Fantasy le plus talentueux du moment. Son écriture est si riche qu’on peut la comparer aux grands classiques de la littérature blanche (pour reprendre un autre vieux débat…), je pense notamment à Flaubert. L’oeuvre de Jaworski est bien plus intéressante à lire que bon nombres de romans de Fantasy américains sans âme, ne serait-ce que pour l’impressionnant vocabulaire utilisé. Je ne parle même pas des bouquins de Fabrice Colin, Pierre Pevel et Antoine Rouaud dans d’autres genres… Alors certes, pour l’instant d’un point de vue strictement commercial nous n’avons pas encore de « super-star de la SFFF » à la Robin Hobb ou Franck Herbert (est-ce grave d’ailleurs ?), mais je suis convaincu que ça viendra 😉

    • Tu me donnes en tout cas envie de lire Jaworski 😉 Ce n’est pas vraiment un « débat » dans le sens où je n’ai pas vu de discussion anglophones VS francophones (d’ailleurs, ce serait stérile de les opposer) mais lire ces remarques m’a fichu un coup, aussi je me suis dit que j’allais réagir 🙂

  2. Il ne faut pas t’en faire, Pierre Pevel et Antoine Rouaud sont traduits à l’étranger, les auteurs francophones n’ont pas dit leur dernier mot, loin de là 😉

  3. Alors ça c’est drôle je ne m’étais jamais posé la question pour les livres (alors que j’avoue que pour le cinéma, je fuis de plus en plus les oeuvres françaises…), pour moi seule l’histoire compte, peu importe l’origine de la plume !

  4. En réponse à Escrocgriffe, justement même si je suis du même avis que toi sur ses auteurs que j’aime, tu peux retrouver des personnes qui sont repoussé par se qu’il classe comme un style trop littéraire alors qu’il cherche une lecture simple, on voit bien le succés de Bragelonne qui sort beaucoup de titre de fantasy assez fade mais qui ont un public.
    Ce qu’il manque peut être c’est de faire sortir cette image de littérature française exigeante.

    • Bonjour,

      Chacun son opinion sur les éditeurs et leur production. Ici, ce dont il est question, c’est avant tout les auteurs francophones, peu importe le genre, l’éditeur (quand il y en a un, car je connais pas mal d’auto-édités) ou le style & l’accueil qui peut leur être fait par les lecteurs.

    • Mais justement Bastien, je ne suis pas sûr que cette image de « littérature française exigeante » soit encore d’actualité tant les contre-exemples sont nombreux. Je viens de dévorer chez Bragelonne « la Voie de la Colère » d’Antoine Rouaud, c’est vraiment de la Fantasy populaire au sens noble : l’auteur va à l’essentiel, il y a de l’émotion, de l’action, une intrigue ambitieuse… Et pourtant ça se lit très facilement 😉 Je crois que la SFFF française est encore largement victime du préjugé « oh là là ça va être intello » à mon humble avis 😉

  5. Ici aussi, peu importe la nationalité. Si le résumé et le titre m’interpellent, je me fiche de savoir si c’est francophone ou anglophone. Je m’intéresse à l’auteur après.

  6. Même réflexion que Terhi. J’ai longtemps lu des grands noms anglophones mais depuis mon arrivée sur Cocy, je me suis ouverte davantage à la littérature francophone. Et elle a de quoi être fière ! Lisons des livres d’auteurs francophones pardi !

  7. C’est une constante que j’ai remarqué depuis que je fréquente l’association Pégase Mécanique. Nous nous réunissons tous les mois autour d’un thème pour présenter des livres que nous avons aimés… et je constate que les romans d’auteurs français sont très largement minoritaires.
    Je pense qu’il y a une sous-représentation de la littérature francophone d’abord dans les rayons des librairies et des supermarchés. On nous présente avant tout les blockbusters (exactement comme au cinéma), et les lecteurs avides s’abreuvent de Trône de Fer, d’Epée de Vérité et autres joyeusetés. Si les rayons exposaient des titres d’auteurs français, avec des « coups de coeur » des responsables de rayon, je pense que la mentalité des lecteurs changerait.
    C’est un combat à mener !

  8. En théorie, je suis tout à fait d’accord, Et pour cause : j’ai lancé une maison d’édition qui ne publie que des auteurs francophones, c’est bien que j’y crois ! Mais en tant que pure lectrice (et aussi en comparant ce que je lis de publié en anglais et les manuscrits que je reçois), je ne peux pas mentir : oui, je vois un décalage. Mais ce n’est pas un décalage d’essence, insurmontable, à mon avis. C’est un décalage en grande partie chronologique : Tolkien a lancé la fantasy « moderne » avant la Seconde Guerre mondiale. Chez les francophones, ça a commencé à bouger dans les années 80-90… On peut dire qu’on a quarante ans de retard, même si vingt ans plus tard, cela commence à moins se sentir. En romance, ça se sent encore beaucoup : Woodiwiss a lancé la romance « moderne » en 1974. On a dû attendre les années 2010 et le numérique pour commencer à publier officiellement de la romance en français…. Encore une fois, quarante ans de retard ! Il est illusoire de penser qu’on va rattraper ça en deux ans.
    Et sinon, je pense que bastien et Saile touchent juste, au moins partiellement. Aux États-Unis, ils font aussi de la fiction littéraire, de la fiction de genre de niche, et des tas de trucs très pointus ou artistiques. Mais ce n’est pas ce qui domine le marché, ni ce qui se traduit le plus. Leur fiction « commerciale », c’est de la littérature de genre mainstream, avec des gros codes qui ne se cachent pas et un style qui, à défaut d’être uniforme (ça, c’est un mythe), respectent les mêmes principes de base.
    Pour avoir très souvent clashé avec des francophones à ce sujet, que ce soit sur des forums d’écriture ou, parfois, avec mes propres auteurs, je sais trop que dans notre culture, on est *hyper* réticents à l’idée de reproduire des codes, des clichés, ou appliquer des méthodes simples d’écriture. Je me distinguerais légèrement de l’opinion de bastien (opinion qui m’a aussi plusieurs fois été défendue par tel ou tel auteur que j’ai refusé) en soutenant que briser les codes et dévoyer un genre ne rend pas en soi un texte plus « littéraire », plus « exigeant » ou aucunement meilleur… mais cela le rend certainement plus risqué et moins attirant pour le lecteur. J’ai peut-être l’air de parler dans le vide en disant cela, ou de me fonder sur de simples stéréotypes. Pourtant, notre blog et notre forum disposent de plusieurs exemples de débats animés et très parlants sur ces sujets, par exemple : http://romancefr.com/trouver-le-concept-accrocheur/
    Ensuite, ce que dit Saile est vrai aussi : il y a un certain choix de facilité chez beaucoup d’éditeurs francophones, qui préfèrent négocier les droits d’œuvres qui ont prouvé leur succès outre-Atlantique que de faire le pari d’œuvres locales qu’ils devraient porter tout seuls comme des grands vers leur public.
    Et dernier point (désolée, c’est long) : de nos jours, j’achète plus facilement des livres en anglais qu’en français, car ces derniers sont presque immanquablement plus chers. Pour le coup, c’est un cercle vicieux, puisque les livres en anglais, qui bénéficient d’un plus gros tirage et d’une plus grosse distribution, possèdent des éditions bon marché (le mass market paperback, qui peut être aussi peu cher que 7 $ US) qui n’ont pas d’équivalent en français (les derniers livres québécois que j’ai achetés, pourtant pas des pavés ni des reliés, étaient à minimum 15-20 $ CA, soit 50 à 100 % plus chers). C’est pareil pour le prix des ebooks, en passant : le marché est tellement plus étendu en anglais que nombre d’auteurs s’y retrouvent en proposant des romans à 0,99 $. Le podcast suivant de SBTB est tellement révélateur à ce sujet (en gros, Sarah et Jane s’accordent pour dire qu’un ebook autoédité à plus de 3 $, soit moins de 2,50 euros, c’est trop cher) : http://smartbitchestrashybooks.com/blog/63.-stopping-buying-new-genres-and-what-were-reading
    Bref, il me semble qu’il y a beaucoup de facteurs qui contribuent à rendre la littérature francophone moins populaire que la littérature anglophone, y compris chez les francophones eux-mêmes, et beaucoup sont purement techniques, objectifs. On ne peut pas juste espérer persuader les lecteurs que « c’est bien », « c’est mal », « il ne faut pas ». Il y a des problèmes de fond bien réels, et si on peut espérer que certains se résolvent d’eux-mêmes avec le temps, d’autres paraissent beaucoup plus épineux (j’aimerais en détenir la solution, mais pour l’instant, j’avoue ma défaite).

  9. surprenant ce débat! Qu’une poignée d’imbéciles déclarent derrière leur écran que la plume francophone est moins intéressante que l’anglophone, c’est tellement stupide que ça ne mérite aucune réponse.
    Après, c’est une question de marchés. Les grosses machines françaises, ne peuvent sûrement pas déployer autant de moyens que leurs homologues anglo-saxonnes, rien qu’au niveau des sous injectés, ce n’est pas comparable. Comme dit dans d’autres commentaires, il y a évidemment d’excellents auteurs francophones, anglophones et autres, et il y en a des moins bons, c’est une industrie, donc ce qui marche va se décliner en une multitude de clones moins stimulants, peu importe la nationalité.

    Je viens de finir deux Pierre Pevel, les lames du cardinal, que j’ai trouvé chiant à mourir, mou et répétitif, et la trilogie de Wieldstad, qui était dynamique, enjouée (oui bon, ce n’est pas la fête du slip non plus), et originale. Pourtant, même construction, même technique narrative. Mais pour dire que rien que des oeuvres d’un même auteur peuvent évidemment varier.

    Il doit exister une formule savante indiquant que (nombre de livre/ auteur) x nombre de lecteur + buzz multimédia à la racine carré donne… à peu près tous les résultats imaginables !

    • Hello et bienvenue!

      Oh s’il y avait une formule savante pour déterminer à l’avance le succès des oeuvres, y’a bien longtemps qu’on l’aurait appliquée… et en tant que lecteurs, je pense qu’on serait vite emmerdés 😀

      Ah je te rejoins pour les oeuvres diverses d’un auteur, qui peuvent aussi bien nous enchanter que nous faire déchanter justement. Je pense que c’est une loi générale, selon les goûts du lecteur 😉

      Au contraire, je pense qu’il y a une réponse à apporter. Parce que les lecteurs qui se méfient de la production francophone ont peut-être des partis pris parce qu’ils n’ont pas aimé les lectures imposées à l’école, parce qu’ils ont été déçus par des oeuvres, etc… Perso, je trouve dommage de rester sur cette impression et c’est pour ça que j’ai voulu écrire cette lettre. Pour essayer de faire réfléchir et bousculer un peu ce mode de pensée.

      • d’accord avec ton explication. Oui en effet, les lectures scolaires sont un bon exemple. Je dévorais un livre par semaine, mais ceux-là, imposés à mon esprit rebelle et révolutionnaire de 13 ans d’âge, pas question 🙂
        Plusieurs de mes proches se sont lancés dans la lecture après 30 ans, depuis, ils dévorent un peu de tout et balancent des mots savants, les prétentieux!

        Merci pour l’accueil en tout cas, je repasserai (et pas que des chemises)!

  10. Je pense que le préjugé est en partie lié à un fait bien réel : pour qu’une oeuvre étrangère soit traduite et publiée en France, il faut qu’elle ait eu du succès dans sa langue et son pays d’origine. Les romans anglo-saxons, allemands, russes, suédois ou japonais que lisent nos compatriotes constituent donc le haut du panier. Pour le lecteur français, il y a un côté « gage de qualité » pour un livre traduit, contre zéro garantie pour la production nationale.
    Si, en plus, les seuls romans français qu’a lu notre lecteur dans sa jeunesse étaient des classiques pas très accessibles, cela a pu contribuer à implanter le préjugé « la littérature française, c’est chiant et dur à lire ».

    J’ajouterai que les auteurs ont intériorisé ce préjugé à des degrés divers. Après tout, nous aussi, avant d’entrer dans le bain de la SFFF, nous avons pris le goût de l’imaginaire dans des romans étrangers, n’est-ce pas ? Pour moi, ça a été Pratchett, Adams, Gaiman.
    La preuve que ça nous complexe au moins un peu, c’est qu’il y a pléthore d’auteurs français qui prennent des noms de plume à consonance anglophone et/ou qui situent leurs intrigues en Angleterre ou aux Ètats-Unis (y compris dans des cas où ça n’apporte rien de spécial à l’histoire). J’emploie le « nous » parce que je me compte dans le tas, même si je me soigne.

    En tout cas, ce comportement peut aussi alimenter un argument que je vois passer de temps à autre : que les auteurs français n’ont pas leur propre « voix », qu’ils se contentent de singer les Anglo-saxons. Et c’est dommage de penser ça, parce que non, les romans SFFF actuels ne sont pas tous des clones d’oeuvres étrangères. Loin de là.

    • Intéressant point de vue. Je comprends ce que tu dis par « gage de qualité », même si nous serons d’accord que le « succès » de ces ouvrages ne va pas toujours de pair avec la satisfaction du lecteur 🙂

      Pour ce qui est des fameuses lectures obligatoires, ca rejoint cet article http://unepagesouvre.blogspot.be/2013/09/quand-lecole-apprendra-aux-jeunes-non.html qui démontre en effet à quel point ces lectures peuvent avoir l’effet inverse…

      Effectivement, ca peut alimenter un préjugé négatif sur la production francophone et laisser penser que nous n’avons pas de voix propre. Heureusement je pense qu’on entrevoit quand même des éclaircies ça et là, grâce à l’effort conjugué d’éditeurs, d’écrivains et autres acteurs du monde du livre, même si les partis pris ont la vie dure.

      (je plaide aussi coupable pour placer mon action dans des pays anglophones, mais j’avoue, je ne l’avais jamais vu sous cet angle-là!)

  11. En fait, cette histoire comme quoi la littérature française – et on le constate vraiment dans le genre de l’Imaginaire – est de moindre qualité que la littérature anglosaxonne / anglophone me fait doucement rire (jaune, mais rire quand même).
    Le lectorat qui plébiscite les livres anglosaxons craint de s’ennuyer en lisant des romans francophones. Il pense que l’histoire sera moins passionnante, l’univers et la réflexion sous-jacente moins profonds, l’écriture trop molle. Ils ont peur de s’emmêler dans des phrases « chiantes » à la Proust – ce qui, paradoxalement, est un exemple de ce que le lecteur « bien-pensant » doit définir comme bien écrit.

    Et c’est là le nœud du problème:
    – tant qu’on en a pas lu, on peut reprocher aux livres (de genre) francophones d’être trop plats (bon, j’avoue que la mode des autofictions m’a fait cette impression…) et d’avoir des phrases trop académiques. En droite ligne, on trouve les pavés à l’apparence indigeste, ces œuvres qui donnent l’image d’un bon gros univers qui se pose là avec ses récits épiques et son jeu de royaumes (« Oh non, encore de la politique, c’est chiant! »), alors que celles d’origine anglophone pourront se prévaloir d’un statut d’œuvre complexe et, limite, inaccessibles aux esprits pas suffisamment instruits. Comment se fait-il que ce qui est « gage » d’un lectorat intelligent lorsque l’œuvre provient d’outre-Manche ou outre-Atlantique devienne crainte de s’ennuyer en suivant un récit fade et emberlificoté lorsque celui-ci est écrit directement dans notre langue?
    – à l’extrême inverse, on soupçonnera de manière générale les genres de l’Imaginaire et le pulp, comme tous leurs petits frères classés derechef en « romans de gare », d’être obligatoirement mal écrits: parce qu’on va essayer de passionner avec une histoire qui coule, qui se lit « vite et bien », qui emporte son lecteur, on va se voir taxer de récit trop simple, sans profondeur, et par glissement, le lectorat non-alerté confondra ce préjugé de niaiserie en « mauvais français » ou « français SMS », sans compter l’image qu’ils ont d’une accumulation de clichés – parce que c’est bien connu: les francophones n’inventent rien, ceux qui veulent se faire du flouze et/ou atteindre la célébrité (on n’écrit que pour ça, évidemment, ou pour se faire mousser) pompent toutes leurs idées sur les Américains, grands maîtres des séries à succès, et leurs livres ne sont qu’une pâle (donc, fade) copie de ce qu’on peut trouver en littérature anglosaxonne.

    Bref, on va reprocher à nos œuvre d’être mal écrites pour des raisons qui semblent s’opposer: le lecteur non-averti va craindre que notre style s’avère moins incisif et haletant que le style anglosaxon – donc plus « académique » (on a tous en tête Proust et Flaubert*) –, et dans le même temps, on va nous reprocher d’être de la littérature de détente, donc « forcément » écrite en « mauvais français », c’est-à-dire de façon non-académique.
    Voilà voilà…

    * Personnellement, je n’ai rien contre ces auteurs, j’ai aimé lire « Du côté de chez Swann » et j’ai un souvenir ému d’un passage de « Madame Bovary », mais force est de reconnaître qu’ils ont l’image d’auteurs ennyeux et poussifs dans l’imaginaire populaire.

    • T’oublies Zola la Miss ^^ ( Perso, c’est un des mes auteurs favoris 😉
      Jolie analyse. Ca rejoint ce que disait Oph dans son comm’. Oui, il y a parfois un vrai paradoxe concernant les auteurs francophones et c’est déconcertant de se confronter à cette double opinion !

      Heureusement, entre ce qu’on peut considérer comme « pavés » ennuyeux – et qui ne le sont pas forcément, nous sommes d’accord! – et la « littérature de gare » (ce terme m’étonnera toujours je dois dire ^^) je pense que les opinions sont en train de changer, notamment dans l’imaginaire. Plus d’auteurs francophones publiés par diverses maisons, plus d’ouverture grâce au numérique aussi, qui propose différents formats à lire (nouvelles, séries, etc). Petit à petit… 😉

      • Oui, c’est ce que je vois! 🙂
        Mais Oph avait déjà posté son comm que je me dépatouillais encore avec le mien, je ne l’ai donc découvert qu’après coup. :p
        (Ce qu’on dit sur les grands esprits, tout ça… *se la pète* )

        J’avais pensé à Zola, mais comme j’ai moins apprécié ce que j’ai pu lire de lui que ce que je connais de Proust et Flaubert, j’ai préféré ne pas le citer (justement…).
        (Étrangement, j’avais davantage apprécié Balzac. Mais peut-être que je suis tombée sur le mauvais et le bon bouquins.)

        Oui, j’ai aussi l’impression que le public s’ouvre aux auteurs d’Imaginaire francophones. Mais c’est trèèèèèès lent… et c’est encore très loin du « grand public ».

      • Moi, j’aime beaucoup Zola. J’ai failli le citer.
        Il me semble d’ailleurs qu’une bonne partie de ces auteurs devenus des classiques (au moins Balzac et Féval) étaient considérés à l’époque comme mineurs, écrivant en feuilletons l’équivalent de nos romans de gare. Comme quoi la notion de « bonne » littérature évolue avec le temps.

      • Effectivement. Je me souviens avoir lu que Zola n’avait pas rencontré le succès avec ses parutions de son vivant, comme quoi le statut de « classiques » évolue aussi !

  12. Bonjour
    Je partage votre constat sur une sorte de « dédain » vis à vis de la littérature francophone. Je me suis demandé moi aussi si je n’aurais pas intérêt à publier en anglais, pour revenir traduite en France. Ce désamour s’explique peut-être par des raisons totalement irrationnelles ou des idées reçues…
    J’aimerais pourtant faire part ici de mon opinion très personnelle de lectrice. J’achète et lis rarement des romans français par exemple, car j’attends de la lecture d’un roman d’être un peu transportée ailleurs, de découvrir à travers la fiction des horizons nouveaux, de rêver, de vibrer d’émotion… d’avoir suffisamment à lire pour m’attacher aux personnages… Or je ne trouve rien de cela dans le nouveau roman à la française, sous des plumes encensées et probablement talentueuses, mais qui ne m’accrochent pas. Les textes très courts, frustrants s’ils sont bien écrits et si l’histoire est intéressante, les pseudo autobiographies vaguement romancées où l’auteur se regarde le nombril en disséquant pendant des pages ses états d’âme ne me touchent pas. Moi qui aime l’imaginaire, j’ai l’impression que beaucoup de romanciers actuels manquent totalement d’imagination pour nous ressortir un épisode certes douloureux, en deux romans. (Angot)… pour bâtir un roman en utilisant les lettres d’une ex (PPDA)… Je trouve malhonnête les recueils de nouvelles baptisés « roman » sur la couverture (Trois femmes puissantes)…
    Que dire enfin de nos prix littéraires trop souvent attribués à des œuvres certainement très intéressantes pour une caste d’intellectuels, qui seront achetées (privilège du « prix »), mais rarement lues jusqu’à la fin par les lecteurs potentiels (Les Bienveillantes)?… La littérature française n’est-elle pas discréditée aux yeux des étrangers par de telles pratiques? La littérature anglo-saxonne par exemple s’adresse davantage à un large public qu’une partie de notre littérature hexagonale…
    Alors, nous sommes bien d’accord tous ces éléments jouent en défaveur des auteurs francophones qui écrivent , ou aimeraient écrire différemment, en dehors d’une mode réductrice.
    Peut-être à méditer.

    • Hello et bienvenue,

      A vrai dire, je n’ai pas la connaissance nécessaire pour parler de la littérature généraliste, ce n’est pas mon créneau préféré, je l’avoue. Je comprends que vous vous sentiez déçue quelque part par ce manque d’imagination que vous constatez chez les écrivains francophones. Peut-être cela vaut-il la peine de vous aventurer vers d’autres horizons ? Je ne connais pas vos goûts littéraires, mais je peux vous assurer qu’il y a un foisonnement en ce moment d’oeuvres sans doute moins connues (question de comm’ et de promotion) mais où vous pourriez peut-être trouver votre bonheur.
      Cette interview par ex. en témoigne : http://tintamare.blogspot.be/2013/11/le-blog-100-francophone-de-cecile.html

    • « Moi qui aime l’imaginaire, j’ai l’impression que beaucoup de romanciers actuels manquent totalement d’imagination pour nous ressortir un épisode certes douloureux, en deux romans. (Angot)… pour bâtir un roman en utilisant les lettres d’une ex (PPDA)…  »

      Je vois ça de l’extérieur et de loin, puisque je lis peu de littérature dite « blanche », mais j’ai aussi l’impression détestable que moins on met d’imagination dans un texte, mieux ça marche, dans les cercles littéraires actuels. Ne parler que de ce que l’on connaît de près, mieux, parler de soi, répéter à l’infini les tranches de vies de personnages qui nous ressemblent trop…
      Vivement que cette mode passe.

  13. Je me permets de signaler une très belle initiative : le blog « la magie des mots » lance le « challenge francofou » ouvert à tous les blogueurs. Le but de ce concours est simple : chroniquer des textes francophones (nouvelles, novellas, recueils, webzines, romans, etc ) ! Il y a déjà beaucoup de participants, je trouve l’idée très sympathique : http://lamagiedesmots.be/lancement-du-challenge-francofou/

  14. Pingback: Revue du Web n°8 – semaine du 11/11 | Cindy Van Wilder
  15. Une très belle lettre (et qui suscite de l’émoi), tu as touché un point sensible !

    Je dois avouer que j’ai une tendance à aller naturellement vers les auteurs anglo-saxons mais plus par habitude et mauvaise connaissance du domaine français (et aussi parce que j’ai une passion pour les USA, donc j’aime les romans qui se déroulent là-bas)… Il faut dire qu’il est nettement plus difficile de s’imposer si l’on est Français, je pense par exemple aux genres typiquement américains, comme la bit-lit, où les Françaises prennent souvent des pseudos à consonance anglaise (type Cassandra O’Donnell ou Marika Gallman) et c’est dommage, parce que j’ai beaucoup aimé Rebecca Kean. Comme quoi, une Française peut faire aussi bien qu’une Américaine ! 🙂
    Pour ça, les salons sont vraiment super, car ils nous permettent de discuter avec les auteurs et faire plein de belles découvertes (pensée pour Vanessa Terral ;-)) !

    J’espère en tout cas que ton article portera ses fruits !

    • Je l’espère aussi 🙂 Oui, c’est logique de se porter vers les anglo-saxons d’abord, vu que leur production domine le marché. Ce n’est pas moi qui jetterai la pierre à ce sujet. Ce que je veux faire entendre, c’est que les francophones ont leur place aussi: c’est déjà assez difficile de se faire éditer, alors si le lectorat ne donne pas une chance… Argh !
      Pour le pseudo, je ne suis pas sûre pour Marika Gallman (en tout cas, mon prénom ne répond certainement pas à cette logique commerciale 😉

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