Le mardi sur son 31

Le principe est simple: ouvrez votre lecture du moment à la page 31 et tirez-en une phrase qui vous semble le mieux convenir pour illustrer le livre.

Alors au programme aujourd’hui, il y aura deux bouquins (vous commencez à me connaître, je suis gourmande!) et toutes deux des histoires d’amour.

On commence par cette phrase:

« Le bal de ce soir étant moins formel que d’autres évènements mondains, il avait délaissé la perruque poudrée pour nouer ses cheveux noirs en catogan. »

Ca vous pose tout de suite l’ambiance, non ?

Tiré de « Scandaleuse Elisabeth » (tome 1 de la famille d’Arsac ») d’Eléonore Fernaye chez Milady Romance

darsac-fernaye

Le 4e de couverture:

« Paris, 1778. 

La ravissante Élisabeth d’Arsac attire à elle tous les regards. Cette jeune femme éprise de liberté refuse tous ses prétendants car elle veut préserver son indépendance et éviter les désagréments du mariage. Pourtant, elle ne résiste pas aux attraits d’une liaison clandestine avec le séduisant Américain qu’elle a rencontré au bal masqué. Cependant l’idylle tourne court lorsqu’il demande sa main. Élisabeth n’envisage pas une seule seconde de s’encombrer d’un mari, mais le destin en a peut-être décidé autrement… »
Ce que j’ai aimé:
  • Le cadre historique: peu exploité, je pense, en romance, c’était intéressant de découvrir cette époque et surtout d’un point de vue francophone! D’ailleurs, ça se sent, l’auteur a fait pas mal de recherches sur l’époque, les us et coutumes, et arrive à distiller tout ça sans tourner en manuel historique. J’ai apprécié la découverte.
  • L’héroïne: J’avais un peu peur en découvrant le titre, mais dans son ensemble, l’héroïne m’a plu. C’est une jeune femme moderne avant l’heure, avec des opinions bien ancrées et qui n’hésite pas à prendre des risques pour rester fidèle à ses convictions. Et puis honnêtement, j’aime aussi le fait qu’on découvre une femme qui ne désire pas attendre le mariage pour découvrir les joies du lit et qui prend donc un amant pour se déniaiser. Cette liberté m’a plu!
  • Le style: l’histoire est servie par un style d’écriture très élégant, reflet de l’époque sans tomber dans des tournures désuètes ou compliquées. Bref, un récit très agréable à lire. Et je dois dire que les scènes sensuelles entre nos deux amoureux sont très bien décrites!
Ce que j’ai moins aimé:
  •  L’intrigue: ce qui peut sembler bizarre vu ce que je viens de citer plus haut, et je pense que ça n’interpellera peut-être pas des lectrices plus aguerries en romance, mais j’aurais aimé plus de risques de la part de l’auteur. Bon, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit, l’histoire tient la route et est agréable à découvrir. Néanmoins, force est d’avouer que je reste sur ma faim.
  • Le héros: Et pourtant, il a des atouts pour plaire, ce cher Henry ! Malheureusement, là où le bât blesse pour moi, c’est que je n’ai pas réussi à accrocher à son personnage autant qu’à celui d’Elisabeth. J’aurais aimé qu’on mette plus tôt en lumière ce qui le tourmente – d’ailleurs, je suis au regret de dire que je n’ai toujours pas compris toutes les circonstances de son accident – bref, qu’on montre ses failles plus tôt dans le récit.
En conclusion, un premier tome qui m’a plu, sans avoir été un coup de coeur. Néanmoins, comme j’ai appris que le tome 2 portait sur le frère de la demoiselle – même si la preview n’était pas inclue dans la version numérique – je pense bien y jeter un oeil !
On enchaîne sur une de mes lectures-doudou, un livre que j’ai lu et relu sans me lasser, bref un roman que je n’hésite pas à aller chercher dans ma bibliothèque quand j’ai besoin d’un remontant! Vous l’aurez compris, coup de coeur en vue!
La phrase:
« Dans la grande ville, noire et muette sous la pluie, dans ce Paris qu’elle ignorait, il flambait comme un phare, il semblait à lui seul la lumière et la vie de la cité. »
Je vous avais promis une histoire d’amour. Hé bien, une des plus poignantes que je connaisse est:
« Au bonheur des dames » d’Emile Zola
 aubonheur
4e de couverture:
« Octave Mouret affole les femmes de désir. Son grand magasin parisien, Au Bonheur des Dames, est un paradis pour les sens. Les tissus s’amoncellent, éblouissants, délicats, de faille ou de soie. Tout ce qu’une femme peut acheter en 1883, Octave Mouret le vend, avec des techniques révolutionnaires. Le succès est immense. Mais ce bazar est une catastrophe pour le quartier, les petits commerces meurent, les spéculations immobilières se multiplient. Et le personnel connaît une vie d’enfer. Denise échoue de Valognes dans cette fournaise, démunie mais tenace. Zola fait de la jeune fille et de son puissant patron amoureux d’elle le symbole du modernisme et des crises qu’il suscite. Zola plonge le lecteur dans un bain de foule érotique. Personne ne pourra plus entrer dans un grand magasin sans ressentir ce que Zola raconte avec génie : les fourmillements de la vie. »
  • Je sais, rien que d’évoquer le nom de « Zola » est une prise de risque. Les lectures obligatoires au collègue et au lycée ont fait des ravages. Alors, de là à dire que c’est un coup de coeur… et pourtant, on oublie trop vite que, sous les descriptions parfois fastidieuses et à rallonge, se cachent un cynisme jubilatoire, un humour noir ciselé comme un diamant et surtout, une grande connaissance de l’âme humaine.
  • Zola, c’est aussi la gouaille d’un écrivain qui outre ses thèses naturalistes, décrit une société et ses travers d’une plume vengeresse. Dans le cycle des Rougon-Macquart, dont le bonheur des Dames fait partie, il n’aura de cesse de dénoncer par une ironie mordante les préjugés de l’époque, les dessous de cet Empire qu’il ne reconnaît pas comme sien. Para doxalement, ce sera aussi un de ses meilleurs ambassadeurs.
  • Mais j’ai parlé d’amour, me direz-vous. Hé bien oui: car dans « Au bonheur des Dames », Zola déploie ce qu’il laisse rarement percer dans les autres Rougon-Macquart (du moins ceux que j’ai lu) à savoir une grande tendresse et un romantisme aussi discret que charmant. D’un côté, on a Octave Mouret, un chef d’entreprise, un homme entreprenant, qui veut imposer son magasin de nouveautés (comprenez un magasin de confections) comme l’un des premiers centres commerciaux de Paris (et oui, les romances érotiques d’aujourd’hui n’ont rien inventé avec leurs multi-milliardaires en tête d’affiche!)
  • De l’autre, on a Denise, une jeune fille qui a dû fuir sa province avec ses deux frères plus jeunes, et qui ne pense qu’à assurer leur avenir et le sien. Ces deux personnages vont nouer leur idylle – ô combien contrariée! – au sein du Bonheur des Dames. Vous me direz, c’est le boss qui s’amourache de son employée. Bien sûr. Mais réduire cette histoire d’amour à cette phrase serait une grave erreur. Car Denise, même si elle aime Octave, refuse de céder à ses avances, car elle sait très bien ce qu’il lui en coûterait. Pour preuve, cette réponse quand il lui offre de l’entretenir:
« Non, laissez-moi… Je ne suis pas une Clara [une des maîtresses d’Octave et elle aussi employée au magasin], qu’on lâche le lendemain. Et puis, monsieur, vous aimez une personne, oui, cette dame qui vient ici… [la maîtresse « officielle » d’Octave, qui lui a permis de nouer des contacts dans la haute société] Restez avec elle. Moi, je ne partage pas.« 
  • Bien sûr, l’histoire d’amour entre Octave et Denise n’empêche pas le thème central du roman, qui est la mort des petits commerces, ayant chacun sa spécialité, par le magasin d’Octave (là aussi, si ce n’est pas un thème d’actualité, n’est-ce pas..) et l’exploitation de la femme par ce capitaine d’entreprise, qui finira par trouver sa vengeance dans le personnage de Denise. Une vengeance bienveillante cependant, car elle apportera ce qui manque à Octave: la générosité et l’humanité ( en particulier quand on connaît les conditions de vie des employés du magasin!).
  • Vous l’aurez compris, je suis bien incapable de vous dire ce que j’ai aimé/moins aimé dans ce roman. C’est un coup de coeur, non seulement parce que c’est un roman visionnaire  à plus d’un titre, mais aussi parce que ses personnages sont touchants et attachants. Si je ne devais vous donner qu’un conseil, c’est de ne pas craindre d’ouvrir ce roman et de le (re)découvrir à votre aise.

17 réflexions sur “Le mardi sur son 31

  1. Je suis coincée depuis au moins 2 mois sur Cent ans de solitude de Garcia Marquez (que je ne finirai probablement pas tellement ça m’ennuie), donc depuis j’ai le même page 31 tous les mardis ^^

  2. Sympa ce post, je ne connaissais pas le principe. J’ai déjà beaucoup entendu parler de ces deux romans. Je lirai peut-être celui de Zola prochainement. Bonne lecture.

  3. Il me plait bien à moi le 1er  » Scandaleuse Elizabeth » mais bon j’adore les romans historiques.. Un auteur qui écrit bien ce genre de romans avec plein de détails c’est Juliette Benzoni.

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