Inspirations et Influences (2)

J’aurais aussi bien pu intituler cet article « Hommage à un grand monsieur ». Stéphane Hessel nous a quitté il y a quelques jours et c’est avec émotion que j’ai suivi l’hommage national qui lui a été rendu. Je n’ai pas la prétention d’affirmer avoir compulsé ses oeuvres de manière exhaustive, mais son parcours de vie, et en particulier ce qu’il a vécu lors de la deuxième guerre mondiale, m’a beaucoup touché.

 

stephane_hessel

 

Il faut dire que cette époque me tient à coeur. Et si j’écris là-dessus aujourd’hui, c’est que je voudrais partager la manière dont j’en ai fait la connaissance et également rendre hommage à quelqu’un qui a marqué mon éveil littéraire ainsi qu’historique.

J’avais douze ans et je venais d’entrer au collège. A ce moment, comme bon nombre de mômes, je n’avais qu’une idée très vague de ce que pouvait représenter 40-45. Je savais ce qui s’y était passé, notamment grâce aux récits familiaux, mais cela ne me touchait guère. C’était du passé et à l’exemple des enfants & ados, je vivais surtout pour le présent.

Cette conception a changé à l’occasion de deux évènements: d’une part, l’expo « J’avais 20 ans en 1945 » au Musée Royal de l’Armée et de l’Histoire Militaire à Bruxelles, qui avait pour but de célébrer le cinquantenaire de la Libération de la Belgique, d’autre part mon prof de français nous a fourré le journal d’Anne Frank dans les mains.

J’ai toujours aimé lire, j’ai donc commencé avec enthousiasme. Le journal retrace la vie d’Anne Frank, jeune fille juive vivant à Amsterdam, de 1942 (le jour de son 13e anniversaire) jusqu’à la date du 1er août 1944. Anne, sa famille et les autres clandestins qui vivaient dans la même cachette qu’eux furent arrêtés trois jours après. Heureusement pour les générations suivantes, ce journal fut sauvé et publié par la suite. Selon l’édition du journal en ma possession, on ne connaît pas avec précision la date de la mort d’Anne: elle se situe entre fin février et début mars 1945. Déportée avec sa soeur Margot au camp de Bergen-Belsen, elles y décédèrent toutes deux d’une épidémie de typhus.

Quand je fis la connaissance d’Anne via son journal, j’avais à peu près le même âge qu’elle. Si, même aujourd’hui, ses mots me touchent, je pense que l’impact a été d’autant plus grand à l’époque. Entre les documents historiques retraçant en général la deuxième guerre mondiale (et même le film « la liste de Schindler » qui était sorti deux ans auparavant) et la voix d’une jeune fille qui vous narre sa vie quotidienne sous le joug nazi, vous pouvez deviner lequel m’a davantage marqué!

Dès le début, Anne parle des innombrables restrictions imposées aux juifs par les Nazis, qui avaient envahi les Pays-Bas. Extrait:

« […]A partir de mai 1940, c’en était fini du bon temps, d’abord la guerre, la capitulation, l’entrée des Allemands, et nos misères, à nous les juifs, ont commencé. Les lois antijuives se sont succédé sans interruption et notre liberté de mouvement fut de plus en plus restreinte. Les juifs doivent porter l’étoile jaune;les juifs doivent rendre leurs vélos, les juifs n’ont pas le droit de prendre le tram; les juifs n’ont pas le droit de circuler en autobus, ni même dans une voiture particulière; les juifs ne peuvent faire leurs courses que de trois à cinq heures, les juifs n’ont pas le droit de sortir dans la rue de huit heures du soir à six heures du matin; les juifs n’ont pas le droit de fréquenter les théâtres, les cinémas et autres lieux de divertissement […] »

La liste est loin d’être exhaustive. Je me souviens de ma réaction à ce passage comme si c’était hier: et si moi, on m’interdisait toutes ces choses, qui me semblaient tellement normales ? Comment aurais-je réagi ?

Mais le journal d’Anne Frank n’est pas seulement un témoignage historique par les yeux d’une adolescente, aussi important soit-il. Il parle de l’éveil d’une jeune fille à sa vie adulte, aux réflexions sur sa famille, sa religion, ses espoirs d’avenir. C’est d’autant plus marquant quand on sait que quelques mois après avoir commencé son journal intime, Anne et sa famille se cacheront dans une annexe d’un bâtiment pour échapper aux persécutions nazies. Un enfermement forcé qui pèse d’autant plus sur l’adolescente:

« […] Autrement dit, quel que soit le sujet, quand l’un de nous huit ouvre la bouche, les sept autres sont capables de terminer l’histoire qu’il a commencée. La fin de chaque blague, nous la connaissons d’avance et celui qui raconte une plaisanterie est le seul à en rire. Les divers laitiers, épiciers et bouchers des anciennes ménagères, nous nous les imaginons avec une barbe depuis le temps qu’ils sont portés aux nues ou démolis dans les conversations à table; impossible qu’une chose reste jeune ou fraîche si on en parle à l’Annexe. »

Malgré cette ambiance, Anne continue à rêver, à échafauder des plans quand la guerre prendra fin. Comme dit plus haut, ses rêves ne verront jamais le jour. Mais le journal qu’elle a laissé continue à transmettre son témoignage.

 

annefrank

Je ne suis pas la seule (loin de là!) à m’inspirer de cette époque et c’est tant mieux. Les thèmes de la résistance face à l’injustice, du soulèvement contre les autorités tyranniques sont des sujets forts, propres à la nature humaine. Je me suis toujours souvenue d’Anne Frank quand j’ai commencé mes premiers écrits et si au fil du temps, j’ai glané d’autres inspirations littéraires, les thèmes abordés dans son journal me tiennent extrêmement à coeur. Je les ai déjà abordés dans le tome 1 des Outrepasseurs, je continuerai à le faire par la suite. Parce que se souvenir est important.

3 réflexions sur “Inspirations et Influences (2)

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